Un choc. De celui dont on comprend que rien ne sera plus jamais comme avant. Et aussi, «le plus incroyable des romans politiques et policiers». Deux journalistes, David Revault d’Allonnes, grand reporter à Europe 1, et son confrère Fabrice Rousselot, correspondant à New York pour Libération, publient un récit à deux voix sur les coulisses de la saga DSK*. Ils décryptent à la fois le séisme politique en France, ses répliques au sein du Parti socialiste, l’impact sur la campagne présidentielle et le choc culturel qu’a révélé cette affaire entre les deux côtés de l’Atlantique. Entretien à la veille de l’université d’été des socialistes, alors que les charges viennent d’être levées à New York contre Dominique Strauss-Kahn dans le volet pénal du dossier.

Le Temps: Depuis l’annonce du classement de l’affaire par la justice américaine, la question du retour politique en France de DSK est posée. A-t-il encore un avenir politique ici?

David Revault d’Allonnes: Pour la présidentielle de 2012, il est totalement hors jeu. C’est le cas depuis le 15 mai, depuis le moment où il est sorti du commissariat de Harlem menotté. Les dégâts d’image sont trop lourds. Les révélations sur sa personnalité, son rapport aux femmes, l’étalage d’argent auquel a donné lieu cette affaire le disqualifient totalement pour représenter la gauche à cette élection. En revanche, il est possible qu’il revienne participer à la campagne et éventuellement qu’il entre au gouvernement si la gauche gagne. Mais il va lui falloir effectuer un important travail de réhabilitation pour quitter l’image d’un délinquant sexuel et retrouver celle d’un homme politique de premier plan.

– Une vraie réhabilitation est-elle possible alors que l’on ne saura vraisemblablement jamais ce qu’il s’est passé dans la suite 2806 du Sofitel?

Fabrice Rousselot: Cela dépendra de la perception du classement de l’affaire en France. Si Dominique Strauss-Kahn est considéré comme blanchi et innocent, si la fracture apparue entre les deux pays resurgit, si le système judiciaire américain est à nouveau mis en cause, cela contribuera à le réhabiliter.

– Pour les socialistes, l’ombre de DSK plane sur les primaires depuis des mois. Comment vivent-ils cela?

D. R. A.: Il y a une sorte de malédiction dans ce dossier. A chaque échéance importante pour le parti, le fantôme de cette affaire vient le hanter. On le voit encore à la veille de l’université d’été. Martine Aubry, qui avait conclu un pacte avec lui, est particulièrement poursuivie.

– Après la chute de DSK, François Hollande est devenu le favori des sondages et Martine Aubry s’est donc lancée dans la course. Vous racontez dans votre livre à quel point ces deux-là se détestent. Les primaires peuvent-elles s’achever sans pugilat?

D. R. A.: La primaire aurait dû être un moment d’adoubement pour Dominique Strauss-Kahn, qui allait vraisemblablement l’emporter au premier tour. Il avait de très bonnes chances pour la présidentielle car au-delà de la gauche, il rassemblait au centre, à droite chez les déçus du sarkozysme, ainsi que chez les plus de 65 ans. Maintenant, un risque d’affrontement existe entre deux candidats se détestant, au coude à coude dans les sondages. Mais les socialistes, après le tremblement de terre de l’affaire Strauss-Kahn, auront peut-être le sens des responsabilités.

F. R.: Si le choc a été si fort au PS, c’est parce que tout était prêt pour Dominique Strauss-Kahn. Martine Aubry s’était résignée à lui laisser la place, François Hollande se posait en challenger. Tout à coup le vide s’est fait et il a fallu remplir l’espace. A mon sens, le grand gagnant de cette affaire, c’est Nicolas Sarkozy, qui est revenu au premier plan sans qu’il n’ait rien eu besoin de faire.

– Le PS n’a-t-il pas fait preuve d’aveuglement envers l’ancien patron du FMI, compte tenu de sa personnalité et de ses relations aux femmes?

F. R.: Cet aspect était connu comme un possible problème et certains amis lui en avaient parlé, mais il s’agissait alors de DSK comme séducteur. Personne n’était préparé à l’éventualité d’une accusation de viol. Ce qui est sûr, c’est qu’aux Etats-Unis, avec un profil comme le sien, Dominique Strauss-Kahn n’aurait jamais pu devenir ce qu’il est devenu en France. La vertu est très importante et les affaires sexuelles ne pardonnent pas. La morale fait partie d’une campagne politique aux Etats-Unis, pas en France.

– Les mentalités ne vont-elles pas évoluer dans l’Hexagone? Une forme d’autocritique s’est produite, notamment dans la presse.

D. R. A: Avant le 1er juillet et le retournement de situation, il y a eu un mois et demi de remise en cause et de grand déballage. Mais ensuite, on s’est plutôt dit que la presse américaine avait été trop loin et on est revenu à la normale. Pour la suite, je ne pense pas que la presse française se mette à fouiner davantage dans les relations privées des politiciens.

* «Le choc. New York – Solférino, le feuilleton DSK», David Revault d’Allonnes et Fabrice Rousselot, Editions Robert Laffont, Paris, 2011, 252 pages