Israël et les Palestiniens étaient engagés, mardi, dans l'une des plus importantes escalades de violences de ces dernières années. Une trentaine de personnes sont mortes, dont neuf enfants, un haut commandant du Hamas et 15 membres de groupes armés palestiniens, dans des centaines de frappes attribuées à l'armée israélienne. Elles ont été menées dans la bande de Gaza en riposte à désormais des dizaines de roquettes tirées depuis l'enclave palestinienne, après de nouveaux affrontements ayant fait plus de 500 blessés sur l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam nommé Mont du Temple par les Juifs, à Jérusalem-Est.

Selon un dernier bilan de l'armée israélienne peu avant minuit, plus de 150 roquettes avaient été tirées de Gaza vers Israël, dont des «dizaines» ont été interceptées par le bouclier antimissile «Dôme de fer».

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Ces violences ont coïncidé avec la «Journée de Jérusalem», qui marque selon le calendrier hébraïque la prise de la partie orientale, peuplée de Palestiniens, de la Ville sainte par l'armée israélienne en 1967. Et elles interviennent après des semaines de tensions à Jérusalem.

Ultimatum du Hamas

«Les organisations terroristes à Gaza ont franchi une ligne rouge (...) en tirant des roquettes jusque dans la région de Jérusalem», a déclaré en soirée le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou. «Israël réagira avec force (...), celui qui attaque en paiera le prix fort. Je vous le dis, citoyens d'Israël, le conflit actuel pourrait durer un certain temps», a ajouté le premier ministre, qui tenait tard en soirée des consultations avec les chefs de l'armée et des services secrets intérieurs, le Shin Beth.

Après de violents heurts le matin à Jérusalem, le Hamas avait adressé un ultimatum à Israël en réclamant que ses forces se retirent d'ici 18 heures (17 heures en Suisse) de l'esplanade des Mosquées, haut lieu de tensions entre Palestiniens et Israéliens dans le coeur de la Vieille ville. Et, à 18 heures, un barrage de roquettes a fusé de cette enclave paupérisée de deux millions d'habitants, vers Israël.

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Si la majorité des roquettes ont été interceptées par le bouclier antimissiles «Dôme de Fer» certaines se sont abattues sur le territoire israélien, et un missile anti-char a fait un blessé léger dans une localité israélienne limitrophe de la bande de Gaza.

«Nous tenons le Hamas pour responsable de ces attaques», a déclaré Jonathan Conricus, porte-parole de l'armée israélienne, qui a suspendu un important exercice militaire en raison de ces affrontements. «Nous avons commencé à frapper des positions du Hamas (...) et je dis bien 'commencé'», a ajouté ce responsable, confirmant que l'armée israélienne avait ciblé un haut commandant du Hamas dans le nord de la bande de Gaza. Plus tard dans la soirée, l'armée a ajouté avoir ciblé d'autres membres du mouvement islamiste et a multiplié les frappes sur l'enclave.

Appels à la désescalade

Lundi soir, des sources diplomatiques ont affirmé à l'Agence France-Presse (AFP) que l'ONU, avec l'aide du Qatar et de l'Egypte, avait amorcé une médiation auprès des parties «concernées» afin d'obtenir une désescalade. En revanche, le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni lundi en urgence, ne s'est pas entendu sur une déclaration commune, les Etats-Unis jugeant qu'un «message public n'était pas opportun à ce stade», selon des diplomates.

Le secrétaire d'Etat américain Anthony Blinken a, lui, appelé à la «désescalade». «La violence doit cesser, toutes les parties doivent engager une désescalade, réduire les tensions, prendre des mesures concrètes pour calmer le jeu», a-t-il insisté. Un appel répété par le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab: «Nous avons besoin d'une désescalade immédiate de tous les côtés, et d'arrêter de cibler les populations civiles.»

«La flambée de violence significative en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, ainsi qu'à Gaza et dans ses environs, doit cesser immédiatement», selon un porte-parole du chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell. «Les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza sur des populations civiles en Israël sont totalement inadmissibles et nourrissent une escalade.»

De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a condamné ce qu'il a qualifié de «terrorisme» israélien à Jérusalem. Il a en outre affirmé qu'il ferait «tout ce qu'il peut pour mobiliser le monde, notamment musulman, pour mettre fin au terrorisme et à l'occupation israéliens», selon la présidence turque.

«Il n'a pas suffi au régime israélien de voler les terres et les maisons des gens, de créer un régime d'apartheid et de refuser de vacciner les civils sous occupation illégale. Il a dû tirer sur des fidèles innocents à l'intérieur de la troisième mosquée la plus sacrée de l'Islam», a déclaré sur Twitter le ministre des Affaires étrangères iranien Javad Zarif.