Les drapeaux socialistes flottent déjà sur la Bastille. Yves et son groupe de militants se sont relayés mardi pour tenir haut l’étendard à la rose et la banderole «François Hollande 2012». Le rendez-vous, ils le répètent, est d’abord «celui des syndicats et de la société civile». L’impressionnant cortège humain, à cheval sur les deux rives de la Seine, n’a donc, pour eux, «rien de comparable» avec le meeting géant du «tsar» Nicolas, que moquent badges et posters.

Yves a 76 ans. Il est architecte. Toute sa carrière passée dans le service public a été dédiée «à construire des écoles et des salles communales». Et s’il n’a pas voulu manquer ce 1er Mai-là, c’est parce qu’une autre fête se prépare, le 6 mai au même endroit: «Les syndicats font partie des forces vives sur lesquelles compte François Hollande», explique-t-il, après avoir salué de la main Martine Aubry et Ségolène Royal venues se joindre au défilé. Les pancartes du Parti communiste donnent au parcours un air d’union de la gauche. Les 50 000 manifestants de ce 1er Mai – contre 12 000 en 2011 – n’en finissent pas d’arriver sur la place symbole. Les chants révolutionnaires latino-américains noient les discours. «Cette France-là n’est pas divisée ou haineuse. Elle veut juste gagner», complète Tiphaine, une ex-salariée des 3 Suisses, animatrice du collectif «Licenci’elles».

François Hollande à Nevers

Le nom du candidat socialiste n’est pas scandé. Mais il est omniprésent. Le fait qu’il soit allé à Nevers, terre mitterrandienne, se recueillir sur la tombe de l’ancien premier ministre Pierre Bérégovoy est bien vu. Comme beaucoup, Louis-Philippe, un étudiant antillais en médecine, reconnaît avoir «voté utile» au premier tour, préférant le candidat du PS à Jean-Luc Mélenchon. «Ce qu’a fait Mélenchon est extraordinaire, estime toutefois Bernard, permanent de la CGT monté de Marseille. Il nous a fait relever la tête.» Les plus âgés, dans le défilé, racontent leurs souvenirs des autres mois de mai: 1968 ou 1981. Beaucoup promettent de se retrouver dimanche. Ils applaudissent les leaders syndicaux et le chiffre du jour: plus de 700 000 personnes, dans toute la France, pour cette Fête du travail galvanisée par les attaques de Nicolas Sarkozy. Yves brandit à nouveau le drapeau du PS. Un militant le sermonne et dit que «rien n’est joué». Sans le convaincre: «On ne se laissera pas voler notre présidence. On est à la Bastille pour y prendre racine.»