Le visage terreux, Geraldo Cruz Ribeiro, 54 ans, est descendu mardi matin de l'avion qui l'a amené du Nord-Caucase à Moscou. Les 66 jours que le délégué médical du Comité international de la Croix-Rouge a passés en captivité étaient inscrits sur son visage, même s'il a paru en bonne santé et a obligeamment répondu aux questions de la presse russe qui l'attendait au pied de l'échelle.

Le ressortissant néo-zélandais travaillait à la délégation du CICR basée à Naltchik, la capitale de la république autonome de Kabardino-Balkarie, située à une centaine de kilomètres à l'ouest de la Tchétchénie. C'est la seule délégation qui est restée en activité après la réduction massive des activités du CICR dans le Nord-Caucase suite à l'assassinat de six délégués à Novi Atagui en décembre 1996. L'organisation humanitaire avait cependant poursuivi une action réduite – «à distance» – en soutenant diverses actions en Tchétchénie et ailleurs dans la région, qui concernent au total plus de 40 000 personnes.

Les ravisseurs ont pendant longtemps gardé le silence. Ce n'est que le 23 juin que Geraldo Cruz a pu donner signe de vie par téléphone. «Nous n'avons eu aucun contact direct avec les ravisseurs et aucune exigence n'a été formulée», précise-t-on au CICR. A Genève, Paul Castella, responsable au sein de l'organisation, précise néanmoins qu'une multitude de messages ont été reçus et envoyés tous azimuts à partir de la délégation de Naltchik.

Les autorités russes ont comme à l'accoutumée déclaré que le délégué a été libéré «grâce à une opération spéciale» conjointe des forces fédérales de lutte contre la criminalité organisée au Nord-Caucase et du Ministère de l'intérieur de la République d'Ingouchie, voisine de la Tchétchénie. «Nous avons pu arrêter quatre personnes, trois Tchétchènes et un ressortissant de Kabardino-Balkarie», a précisé Vladimir Kozlov, chef de la lutte contre le crime organisé. Comme il est désormais la norme lors de ce genre de libération, il n'a donné aucune précision sur la façon dont les policiers russes sont parvenus à localiser et à libérer le délégué du CICR. Motif officiel: les méthodes en vigueur doivent rester secrètes tant qu'elles donnent des résultats.

Au total, le CICR maintient quatre expatriés dans la région. Leurs conditions de travail sont devenues à ce point difficiles que l'organisation s'interroge sur l'opportunité de garder ouverte la délégation de Naltchik. «Nous commencerons l'évaluation dès la semaine prochaine», précise Paul Castella qui rappelle le dilemme auquel est confronté le CICR: faire courir le moins de risques possible aux délégués tout en poursuivant l'aide en faveur d'une région particulièrement délaissée – et pour cause! – par les organisations internationales.

Geraldo Cruz Ribeiro n'a pas été le seul à retrouver la liberté ce mardi. Trois autres otages russes, dont un petit garçon de 5 ans enlevé en mars dernier, ont aussi été libérés le même jour grâce, semble-t-il, à la médiation du gouverneur de Krasnoïarsk Alexandre Lebed. En tout, ce sont 1046 personnes qui ont été enlevées depuis le début de 1997 dans le Nord-Caucase.