souverainisme

Demain, l’alliance populiste européenne

La vague souverainiste, nationaliste et eurosceptique est assurée, le 26 mai, de secouer les urnes des élections européennes. La question n’est plus de savoir si ces mouvements se retrouveront en position de force au Parlement de Strasbourg. Mais parviendront-ils à s’unir et à tenir un front commun?

Marine Le Pen en a fait son mot d’ordre. Dans les colonnes du Temps, lundi 21 janvier, la présidente du Rassemblement national français (RN) a réitéré son appel à ses alliés souverainistes et nationalistes européens. «J’ai entendu les Français qui avaient peur d’un big bang institutionnel en cas de sortie de l’UE et de l’euro, déclarait-elle. L’urgence absolue, c’est de reprendre le contrôle de nos frontières. Pouvoir de nouveau décider qui entre et qui réside sur le territoire national. Cela signifie la fin de l’espace Schengen.» Oubliée la promesse d’un vote guillotine sur l’Union européenne: «Une alliance entre populistes ne peut pas se faire sur l’idée d’un démantèlement de l’UE, explique l’universitaire bulgare Ivan Krastev dans une récente tribune sur la «métamorphose de l’Europe centrale». Les électeurs de ces pays savent que la désintégration de l’Union serait une tragédie.»

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Jusque-là, l’alliance nationaliste paraissait impensable. Le politologue Jean-Yves Camus l’avait théorisé dans son livre Les droites extrêmes en Europe. Impossible, pour des partis avant tout préoccupés par des problèmes locaux et méfiants envers toute interférence étrangère de faire cause commune au Parlement de Strasbourg. La manière dont Marine Le Pen parle de l’Allemagne et de sa supposée volonté de domination donne la mesure du fossé existant. Mais les nécessités politiques, et le changement de génération dans les rangs des mouvements nationalistes, commencent à faire évoluer la donne.

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Les effets du Brexit

Maik Fielitz et Laura Lotte Laloire retracent la genèse de tous ces partis dans un livre, Trouble on the Far Right. Leur analyse? «L’Europe de l’extrême droite se restructure. De nouveaux acteurs ont émergé, bien plus portés vers une démarche transnationale et une démarche politique en réseaux […]. L’idéologie néonazie reste le fait de quelques mouvements bien identifiés, par exemple en Grèce avec Aube dorée. Mais du fait de l’intégration de l’extrême droite à des coalitions au pouvoir, comme en Autriche ou en Pologne, les lignes se déplacent […]. Dans certains cas, ces nouvelles droites ont même des objectifs plus européens que nationaux…»

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Le Brexit s’est chargé de dégager le terrain. Jusque-là, les nationalistes anglais de l’UKIP ou du parti conservateur tenaient le haut du pavé au Parlement européen de Strasbourg. Deux des trois groupes souverainistes de la législature sortante ont d’ailleurs été créés par les Britanniques: le CRE par le parti Tory, et l’ELDD par le leader de l’UKIP, Nigel Farage. Or il n’y aura plus – sauf si Londres renonce en dernière minute à sortir de l’Union – d’eurodéputés britanniques à partir du scrutin du 26 mai.

Leurs 73 sièges seront répartis entre 14 pays qui agrandiront leur délégation. Résultat: plus d’élus potentiels pour les partis souverainistes dans le contexte actuel d’euroscepticisme alimenté par les difficultés économiques et le rejet des migrants. Dans le dernier sondage Eurobaromètre de décembre 2018, 43% des Européens seulement gardent une image positive de l’UE, et 20% répondent par la négative. Un niveau de soutien à l’UE certes le plus élevé depuis 2010, mais dans un contexte de nette détérioration du sentiment de «citoyenneté européenne»: 62% des Français et 59% des Italiens se sentent «européens» contre 85% des Allemands…

L’initiative de Salvini

Qui pour mener cette alliance souverainiste? Matteo Salvini s’est profilé, et le Rassemblement national français lui a facilité la tâche en désignant comme tête de liste Jordan bardella, 23 ans, peu susceptible de se confronter avec le ministre de l’Intérieur italien. En juillet 2018, celui-ci a promis d’œuvrer à une «ligue des ligues, alliance des populismes qui unira tous les mouvements libres et souverainistes qui veulent défendre leurs peuples et leurs frontières».

Son initiative suivait la réunion de Coblence, en Allemagne, où s’étaient retrouvés en 2017 les responsables de la Lega, du RN et de l’AfD allemande. Matteo Salvini a réitéré son offre en Pologne le 9 janvier, promettant à Varsovie de «porter la révolution dans toute l’Europe afin de constituer un axe pour la défense des valeurs». Principaux alliés visés: les démocrates suédois et le Parti néerlandais pour la liberté de Geert Wilders. La question est plus délicate en revanche pour le parti Fidesz du premier ministre hongrois, Viktor Orban, toujours affilié au Parti populaire européen (PPE), représentant des droites traditionnelles. Lequel, titulaire du plus grand groupe d’eurodéputés (216), ne pourra sans doute plus, après le 26 mai, travailler en coalition avec les socialistes (187), promis à une sérieuse défaite selon tous les sondages. 


Des souverainistes aujourd'hui dispersés

Les élus nationalistes et souverainistes sont loin de former un bloc au sein de l'actuel Parlement européen. A l'issue des élections de 2014, ils ont formé trois groupes politiques:

■ Le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), composé des élus conservateurs britanniques et des députés polonais du parti Droit et justice. Il compte 75 eurodéputés, mais se retrouvera amputé en raison du Brexit. 

■ Le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD), présidé par le patron du parti UKIP britannique et chantre du Brexit, Nigel Farage. Il compte 41 députés parmi lesquels les élus du Mouvement italien 5 étoiles, ceux du parti (de droite dure) des démocrates suédois et les transfuges français du RN comme Florian Philippot.

■ Le groupe Europe des nations et des libertés (ENL) présidé par le Français Nicolas Bay. Il regroupe les élus du Parti néerlandais pour la liberté, ceux du Rassemblement national et ceux de la Ligue du Nord de Salvini.


Des «gilets jaunes» à Strasbourg

Demain, des «gilets jaunes» sur les bancs du Parlement européen? Deux fortes personnalités féminines du mouvement de contestation né en France à la mi-novembre ont en tout cas franchi le rubicon politique, en vue des élections européennes du 26 mai. Au début de l’année, un sondage Ipsos avait attribué au mouvement 12% des suffrages en cas de liste unie.

La première a été, le 23 janvier, Ingrid Levavasseur, aide-soignante de 31 ans, originaire de l’Eure. Connue grâce à ses passages sur les plateaux de télévision, cette dernière a même annoncé le futur nom de sa liste: le Ralliement d’initiative citoyenne (RIC), qui reprend les initiales du référendum du même nom, l’une des revendications des manifestants. Sa volonté d’entrer en politique avait en quelque sorte été étrennée par la chaîne d’information BFMTV, qui lui avait proposé, en décembre, d’intervenir comme chroniqueuse sur son antenne. Son positionnement personnel est, de son propre aveu, plutôt écolo.

La seconde à franchir le pas dimanche à Orléans est la Bretonne Jacline Mouraud, qui a lancé son parti politique Les Emergents. Pour l’heure, cette vedette cathodique, accordéoniste et hypnothérapeute, affirme que le scrutin européen n’est pas sa priorité, lui préférant les élections municipales de mars 2019. L’un des axes politiques prioritaires des «émergents» sera la défense des retraités modestes, et la question du pouvoir d’achat.

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