Italie

A la demande du président italien, Matteo Renzi diffère sa démission

Les Italiens ont sanctionné dimanche dans les urnes Matteo Renzi. Après avoir vu sa réforme de la Constitution largement rejetée, le premier ministre a annoncé sa démission. Il quittera le pouvoir une fois la loi de finances 2017 approuvée par le parlement

Matteo Renzi quittera bien son fauteuil de président du Conseil, mais pas aussi vite que prévu. En accord avec le président de la République italienne, Sergio Mattarella, le premier ministre sortant lui remettra sa démission seulement lorsque la loi de finances 2017 sera approuvée par le parlement, dès vendredi selon la presse transalpine. Les deux hommes se sont rencontrés lundi soir au palais présidentiel du Quirinal.

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Le chef du gouvernement avait annoncé quitter le pouvoir la nuit précédente, après avoir vu sa réforme de la Constitution massivement rejetée par les Italiens. Lors d’un référendum, 59,11% des votants se sont prononcés contre le texte. L’intense marche réformatrice du leader toscan de 41 ans s’est donc brutalement arrêtée dimanche, après un peu plus de 1000 jours au pouvoir.

Le président de la République, garant des institutions, doit maintenant jouer le rôle d’arbitre de cette crise naissante et décider de la ligne à suivre. Une fois la démission de Matteo Renzi entre ses mains, Sergio Mattarella devra choisir son successeur. Les noms les plus cités sont ceux de Pier Carlo Padoan, le ministre des Finances, Pietro Grasso, le président du Sénat, ou encore Dario Franceschini, le ministre des Biens culturels. Matteo Renzi, toujours secrétaire du PD, restera un acteur incontournable dans ce processus. La personne choisie pour prendre sa place permettra de mesurer l’influence restant au président du Conseil sortant sur la scène politique de laquelle il a été évincé.

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Vote anti-Renzi

Car le référendum de dimanche est devenu politique. En début d’année, quand les sondages étaient encore de son côté, le premier ministre avait en effet transformé le scrutin un enjeu personnel. Le vote est devenu un plébiscite sur sa personne et sa politique. Cela s’observe notamment par le taux de participation élevé. Il a dépassé 68%, taux habituellement réservé aux élections législatives. Selon les observateurs, seul un cinquième de ces votants s’est exprimé sur le fond de la réforme de la Constitution. Le reste s’est prononcé sur son auteur. Le vote anti-Renzi s’observe aussi parmi les votants mêmes. Le rejet a été plus fort chez les moins de 35 ans et dans les régions du Sud, les deux catégories les plus touchées par le chômage. En Sicile et en Sardaigne par exemple, le non a dépassé 70%.

Les opposants à la réforme ont canalisé cette colère et ont aujourd’hui obtenu la tête qu’ils réclamaient. Le Mouvement 5 étoiles, formation antisystème fondée par l’humoriste Beppe Grillo, et la Ligue du Nord, le parti d’extrême droite de Matteo Salvini, exigent maintenant des élections anticipées.

Si ces partis populistes exultent, la défaite de Matteo Renzi ne peut pas s’expliquer uniquement par la victoire du populisme sur l’establishment. Dans le camp du non, aux côtés de ces formations antisystème se trouvaient des représentants de cette «caste» qu’ils ne cessent de dénoncer, comme les anciens présidents du Conseil Mario Monti, Massimo D’Alema ou Silvio Berlusconi. Le parti de ce dernier, Forza Italia (centre droit), ne s’est pas prononcé pour des élections anticipées, mais a demandé au Parti démocrate (PD, centre gauche), détenant encore une majorité au parlement, de former un nouveau gouvernement. Or le dernier mot reviendra au président de la République.

Réforme de la loi électorale

Le nouvel exécutif que Sergio Mattarella désignera et le parlement devront d’abord se pencher sur la réforme de la loi électorale. L’Italicum a été approuvé en mai 2015 par les parlementaires pour être utilisé dans le système dessiné par la réforme de la Constitution de Matteo Renzi, mais rejetée par les urnes. Valable uniquement pour la chambre basse, elle devait permettre au parti gagnant, lors de prochaines élections législatives, de remporter une nette majorité dans la Chambre basse, indépendamment du nombre de voix acquises au premier tour.

Cette loi électorale était donc fortement liée à la victoire de Matteo Renzi et à l’application de sa réforme. Ce texte prévoyait notamment de transformer le Sénat en chambre de représentants régionaux, de réduire le nombre de ses élus de 315 à 100 et le coût du fonctionnement des institutions et, enfin, de réviser le titre V de la seconde partie de la Constitution afin de réduire l’autonomie des régions au profit de l’Etat. «Nous voulions supprimer les trop nombreux fauteuils de la politique italienne, a lâché Matteo Renzi lors de son discours de défaite, lundi. Je n’y suis pas arrivé, alors le fauteuil qui a sauté est le mien.»


Le Mouvement 5 étoiles, grand vainqueur du référendum

Pour Giovanni Orsina, politologue et professeur d’histoire à l’Université Luiss de Rome, Beppe Grillo n’a pas besoin d’élections anticipées

Le grand gagnant de dimanche est le Mouvement 5 étoiles, la formation antisystème fondée par Beppe Grillo. L’humoriste a été le plus farouche opposant de Matteo Renzi durant la campagne, allant jusqu’à le comparer à une «truie blessée qui attaque tous ceux qu'elle voit». Giovanni Orsina analyse pour «Le Temps» la victoire d’une formation au coude-à-coude avec le Parti démocrate de Matteo Renzi dans les intentions de vote, et gagnant en cas de ballottage.

Le Temps: Beppe Grillo réclame des élections anticipées. Seraient-elles dans l’intérêt de son mouvement?

En réalité, il ne les veut pas, contrairement à ce qu’il affirme, car il veut que les autres partis s’écharpent. Il pense que plus le temps passe, plus le système s’enlise et démontre sa propre incapacité de se réformer et de faire quoi que ce soit. Il est en train de tirer un très grand profit de la guerre civile qui se déroule au sein de la politique traditionnelle. Même si pour Beppe Grillo, des élections anticipées en 2017 pourraient lui permettre d’encaisser tout de suite le fruit de la victoire de dimanche.

- Cette guerre civile a-t-elle éclaté lors de cette campagne électorale, qui a parfois été violente?

- Beppe Grillo, comme Matteo Salvini [secrétaire fédéral de la Ligue du Nord], avait gagné déjà avant le résultat. Car si la réforme naissait en 2013 de l’idée que la politique pouvait s’auto-réformer, la campagne référendaire nous a démontré à quel point la politique était fracturée. Beppe Grillo, à la fenêtre, s’est réjoui de voir Massimo D’Alema tirer sur Matteo Renzi, de voir Silvio Berlusconi tirer sur tout le monde. Si tous ces acteurs lui offrent une nouvelle année d’un tel spectacle, cela lui profitera encore plus.

- Au lendemain du référendum, la possibilité du Mouvement 5 étoiles au gouvernement est donc encore plus crédible?

- Beppe Grillo sort incontestable gagnant du référendum. Mais la situation est très difficile, car tout dépend de la prochaine loi électorale. L’actuelle, dite Italicum, devant être réformée, car elle ne pouvait être appliquée qu’en cas de victoire de Matteo Renzi. Mais d’un certain point de vue, la victoire du oui, la réforme de la Constitution, avec l’Italicum [qui devait accorder une prime de majorité au parti gagnant], auraient amené le mouvement de Beppe Grillo encore plus près du palais Chigi. (A. G.)

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