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La demande de sable a triplé en 20 ans, l'ONU s'inquiète

A Genève, les Nations-Unies plaident pour une «gouvernance mondiale des ressources en sable». La consommation atteint 40 à 50 milliards de tonnes par année

La demande en sable et en gravier atteint 40 à 50 milliards de tonnes par an, 3 fois plus qu'il y a 20 ans. L'extraction a contribué à la diminution de plages et d'aquifères, la pollution, des inondations et des sécheresses. L'ONU veut travailler avec LafargeHolcim.

Le sable et le gravier constituent des composantes «non reconnues de nos économies et du développement», a estimé mardi devant la presse le directeur exécutif de la base de données des ressources mondiales à Genève d'ONU Environnement (GRID-Genève), Pascal Peduzzi.

«Nous ne parlons pas d'un problème d'un manque» de ces ressources, au moins dans les prochaines décennies, «mais de l'impact sur l'environnement», dit ce professeur à l'Université de Genève. Même si la consommation dépasse de plus de 15 milliards de tonnes par an la production par les rivières et les glaciers.

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La composante la plus extraite après l'eau

Selon un rapport publié mardi par ONU Environnement et financé par la Suisse, le sable et le gravier constituent la deuxième composante la plus extraite dans le monde après l'eau (voir le rapport en anglais depuis cette page).

Les pays les plus affectés se trouvent en Asie et en Afrique. Parmi eux, la Chine est confrontée à une augmentation de population et d'infrastructures. Elle a aussi utilisé du sable pour établir rapidement des bases militaires sur les îles contestées dans la Mer de Chine.

Par habitant, Singapour, qui a étendu son territoire sur la mer de 20% depuis 1973, est le plus gros consommateur. Ces excroissances utilisent 1,2 milliard de tonnes par an.

Des tarifs trop bas

Plus largement, l'extraction expose aussi davantage les côtes à des situations extrêmes. Elle les rend notamment vulnérables aux vagues de tempêtes. Il faut améliorer «la gouvernance mondiale des ressources en sable» pour une utilisation plus durable, explique la directrice exécutive intérimaire d'ONU Environnement Joyce Msuya.

Or, les réglementations sont très différentes selon les régions et certaines, importantes pour la biodiversité, sont vulnérables en raison du manque de législations. L'Europe et le nord du continent américain sont les mieux armés. Mais quatre des cinq plus gros extracteurs mondiaux sont européens et leur attitude dans d'autres zones du monde n'est pas claire, dit Pascal Peduzzi.

Un dialogue avec LafargeHolcim?

Il souhaite notamment que l'ONU se rapproche du groupe franco-suisse LafargeHolcim. Un dialogue considéré comme crucial «étant donné l'importance"»de cette entreprise dans la branche, dit le directeur. Les autres acteurs pourraient suivre si celle-ci s'engage, selon lui.

Une augmentation d'actes illégaux est également observée dans les écosystèmes marins, sur les côtes et dans les autres zones aquatiques. Les problèmes deviennent également de plus en plus internationaux dans cette branche, alors que les prix sont trop bas selon le directeur du GRID-Genève.

Un cas en Suisse: Privé de son sable, le Tessin grignote les carrières italiennes

5% de hausse par an

Selon les estimations, le commerce mondial de ces produits devrait s'étendre de plus de 5% par an avec l'extension de l'urbanisation et de nouvelles infrastructures.

L'extraction a également un impact économique sur les activités de certaines communautés. Des militants qui s'opposent à des groupes criminels liés au sable ont eux été menacés ou tués, surtout pour le commerce local de ces matériaux. L'ONU appelle les gouvernements à garantir une traçabilité des ressources utilisées.

Le rapport demande également d'éviter les constructions inutiles et de recourir à des matériaux recyclés ou à des alternatives. Un ingénieur fribourgeois a notamment lancé une solution avec du bois. Dans certains pays, des taxes sur l'extraction ont aussi permis de réduire de 30% le recours à de nouveaux volumes de sables. Et du sable peut aussi être retiré de déchets pour être réutilisé.

Une nouvelle plateforme sur l'extraction doit être lancée dans les prochains mois. Le rapport appelle lui à une discussion mondiale pour adapter les meilleures pratiques aux contextes nationaux, à un dialogue entre acteurs de cette branche et à un investissement dans la surveillance de cette question.

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