Emmanuel Macron a promis de «transformer» la France. Difficile, donc, d'imaginer que le président français accepte le retour sur les bancs de l'Assemblée nationale du député M'jid El Guerrab, 34 ans, élu de son parti «La République en marche» pour la 9ème circonscription des français de l'étranger qui couvre le Maghreb et une partie de l'Afrique. Depuis samedi, l'intéressé est en effet mis en examen pour «violences volontaires avec armes» après avoir asséné plusieurs coups de casques de scooter sur Boris Faure, un responsable socialiste avec lequel il entretient de longue date des relations houleuses. Ce dernier, hospitalisé, a du être opéré en urgence. Le député, lui, s'est dans la foulée de son inculpation, «mis en congé» de sa formation politique. 

Détestation personnelle

Le fait que deux personnalités politiques en viennent aux mains, ou pire, n'est plus guère d'actualité en France où, sous la Troisième République (1870-1940), les altercations entre politiciens se terminaient pourtant régulièrement par des duels à l'épée ou au pistolet. Le 22 décembre 1892, un fameux duel avait ainsi opposé devant 300 personnes le futur président du Conseil Georges Clemenceau au député nationaliste Paul Déroulède, qui l'avait accusé de corruption dans le scandale du Canal de Panama. Six coups de pistolets avaient été tirés, sans conséquence. Déroulède avait ensuite provoqué en duel le ténor socialiste et pacifiste Jean Jaurés.

L'affaire M'jid El Guerrab apparait toutefois nettement moins teintée de convictions. Lui et sa victime, le socialiste Boris Faure, furent compagnons de section au PS. Ils se vouent, depuis l'ascension politique de l'actuel député Macroniste, une détestation personnelle  connue, accrue par le fait que la nomination d'El Guerrab par «La République en Marche» s'est faite dans des conditions troubles. Une autre candidate issue du PS, la sénatrice Leila Achi, briguait la circonscription avant de se retrouver en porte à faux au Maroc (dont les parents d'El Guerrab, né à Aurillac, sont originaires)  pour ses déclarations sur le Sahara Occidental...

Sélections trop hâtives des députés?

Le plus préoccupant pour l'exécutif français, en passe d'affronter des semaines compliquées dans la rue après l'annonce des ordonnances sociales visant à libéraliser le marché du travail, est que cette altercation relance les spéculations sur les conditions souvent hâtives de sélection des 308 députés LREM élus les 11 et 18 juin à l'Assemblée nationale. Soucieux de faire émerger de nouvelles personnalités, mais soumis aussi aux pressions des militants ayant organisé sur le terrain la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, la commission d'investiture du parti a souvent tranché à la dernière minute, se contentant d'un entretien par skype avec les candidats.

Le parti créé par le nouveau président français a aussi permis à d'anciens militants de parti en marge de l'appareil, comme M'jid El Guerrab au sein du PS, de trouver une nouvelle voie pour accéder à des responsabilités politiques. En laissant derrière eux un cortège de rivalités et d'antagonismes personnels: «Beaucoup de décisions sont tombées d'en haut, sans explications. On a des statuts formidablement pyramidaux dénonçait fin juillet l'un des porte-parole de l'opposition interne au sein de LREM, Rémi Bouton. En cause: la main mise de certains ex-caciques socialistes à commencer par le président du groupe à l'Assemblée, l'ancien PS Richard Ferrand, lui même mis en cause dans une affaire de spéculation immobilière dans son département du Finistère (Bretagne).

A la veille des élections sénatoriales du dimanche 24 septembre, la polémique autour de M'jid El Guerrab inquiète dans les rangs Macronistes: «Beaucoup se croient tout permis maintenant qu'ils sont élus du parti présidentiel. C'est une réalité. Nous manquons de maturité. Je le constate tous les jours», confirme une élue Macroniste de la région Centre. Accepter, dans ces conditions, la réintégration du député violent ne ferait, dès lors, que confirmer le favoritisme ambiant alors qu'au plus haut niveau. Emmanuel macron avait exigé en juin le départ de son ministre de la justice François Bayrou, mis en cause dans l'affaire des présumés emplois fictifs de son parti centriste Modem et même pas mis en examen...