Il a osé. Répondant aux questions des journalistes sur le dossier Karachi, il a osé quitter la conférence de presse en assénant aux journalistes: «Amis pédophiles, à demain». Du coup, la petite phrase lancée par le président français le 19 novembre lors du sommet de Lisbonne a eu un écho bien au-delà des frontières de l’Hexagone.

Le commentaire de Sarkozy aurait dû rester off, mais il a déjà fait le tour de la planète. Ses propos sont perçus par la presse internationale comme une nouvelle dérive du chef d’Etat français. Après le «casse-toi pauv’ con» du Salon de l’agriculture et le «fais pas l’malin» lancé à un jeune homme lors des célébrations marquant le rattachement de la Savoie à la France, les commentateurs s’en donnent à cœur joie. En Italie, par exemple, pays pourtant coutumier des coups d’éclat politiques, La Repubblica pointe la perte de sang-froid du président: «La furie de Sarko s’est déchaînée.» Le site Quotidiano.net, quant à lui, parle d’un «président hors de lui», qui a commis encore une «autre gaffe».

Au Royaume-Uni, de tels propos n’ont pas manqué d’attirer l’attention du Guardian, qui constate que «le président a toujours des difficultés à contenir ses assauts verbaux». Récapitulant ses écarts de langage, le quotidien en conclut que ces «accès de rage ont à chaque fois contribué à le faire chuter dans les sondages». Et en Allemagne? La presse s’étonne que le président perde une nouvelle fois sa «contenance», mais c’est tout de même «l’image qu’on avait de lui jusqu’à présent», déplore la Frankfurter Allgemeine . Le quotidien Die Welt souligne quant à lui «à quel point Nicolas Sarkozy, connu pour son caractère bien trempé, s’est montré violent».

Aux Etats-Unis, la presse s’intéresse davantage aux conclusions du sommet de l’OTAN qu’aux incartades présidentielles. Mais un blog du New York Times relate tout de même l’affaire de manière détaillée. De son côté, le Washington Post voit dans cet épisode «une menace à une réélection en 2012». Pendant ce temps, en Russie, le site newsru.com parle d’une «opinion publique choquée par une énième déclaration scandaleuse» du président. Ce scandale trouve même des échos jusque dans le sous-continent, puisque le journal Indian Express rappelle qu’«à chaque coup de colère, le président plonge dans les sondages».

Et en Suisse, alors? L’affaire a aussi été largement commentée dans la presse romande. 24 heures relate l’épisode par le menu en parlant des «mots de la colère» cités par l’AFP. La Tribune de Genève, quant à elle, utilisant les mêmes sources, souligne «l’emportement» du président. En Suisse alémanique, la Neue Zürcher Zeitung parle d’«insultes aux journalistes» en publiant les citations du locataire de l’Elysée en français dans le texte, pour leur donner plus de poids.

Enfin, l’analyse de Slate sur les aléas du off en politique, cette «pratique ni codifiée ni codifiable», explique comment un commentaire qui n’aurait jamais dû aller au-delà de la salle de conférence s’est retrouvé à la «Une» de Libération: «Le off nécessite une confiance mutuelle qui est, en ce moment, mise à mal entre le président et les journalistes. Le président prend la presse pour une annexe de l’opposition et la presse trouve que le président prend trop de liberté avec la vérité.» N’empêche: «Le off, c’est le terme journalistique qui désigne ces discussions informelles que l’on peut avoir avec des responsables politiques, discussions dont on n’est pas censé reproduire la teneur.» Dans le cas des pédophiles, «chacun jugera du degré de franchise, d’humour, de finesse ou même de «pétage de plomb» que ces propos reflètent... Toujours est-il que le off présidentiel est désormais mort et enterré.» Et d’en conclure: «Au moment où, nous dit-on, Nicolas Sarkozy voulait prendre de la hauteur, c’est encore raté.»