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La démission d’Emmanuel Macron a été annoncée par l’Elysée

Le turbulent ministre a officiellement présenté sa démission. Michel Sapin le remplace au Ministère de l’économie et des finances

Emmanuel Macron a décidément le sens du timing. Après des semaines d’atermoiements, le jeune ministre français de l’Economie, très bien placé dans les sondages en vue de la prochaine élection présidentielle de mai 2017, a quitté le gouvernement le jour même de la rentrée diplomatique du président, François Hollande. Et alors que le patronat français (le Medef) réunit ce mardi et mercredi son université d’été sur le campus d’HEC, où il devait s’exprimer demain. 

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Avant son officialisation par l'Elysée, la nouvelle avait fait le buzz tout au long de la matinée dans la grande salle des fêtes de l’Elysée, où le président français prononçait le discours inaugural de la Semaine des ambassadeurs.

Ironie du jour: l’un des temps forts du discours de François Hollande a été la confirmation de l’arrêt des négociations du Traité de libre-échange transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis (TTIP ou TAFTA), et la volonté des autorités françaises de mener une nouvelle charge fiscale contre les multinationales du numérique. Perçu comme beaucoup plus favorable au libre-échange que la moyenne dans l’actuel gouvernement, le très «social-libéral» Emmanuel Macron a fait de l’économie numérique son cheval de bataille depuis sa nomination à Bercy – le siège du Ministère de l’économie à Paris – fin août 2014.

A droite, une démission jugée «normale»

Le Républicain Christian Estrosi, président de la région PACA, résume en un tweet la position de la droite française suite à la démission de ce socialiste atypique:

Pour beaucoup, la position de Macron était intenable. Le député républicain Guillaume Larrivé la résume ainsi: «Le #macronisme [sic] au pouvoir entre 2012 et 2016, c'était quoi? Du fiscalisme, comme conseiller à l'Elysée. De l'illusionnisme, comme ministre.»

A gauche, les contradictions du ministre raillées

Dans le camps socialiste – et à sa gauche –, le départ du plus à droite des ministres de François Hollande est salué comme un retour à la normalité. Ainsi, le virulent Jean-Luc Mélenchon du Parti de gauche:

Pour la socialiste «historique» Marie-Noëlle Lienemann, cette démission est le signe d'un glissement trop libéral du gouvernement actuel:

En couverture de «Paris Match»

Les rumeurs vont à coup sûr enfler sur la possible participation de ce ministre de 38 ans aux prochaines élections présidentielles de mai 2017. Le 12 juillet, lors de la première réunion publique de son mouvement En marche! à Paris, Emmanuel Macron avait promis de porter son projet jusqu’à «la victoire», sans donner plus de précisions. Beaucoup d’observateurs estiment qu’il comptait alors démissionner du gouvernement dans la foulée, mais qu’il ne l’a pas fait en raison du tragique attentat terroriste survenu à Nice dans la nuit du 14 juillet. L’offensive médiatique du jeune ministre, soutenu par de nombreux grands patrons français, s’était poursuivie cet été. L’hebdomadaire people «Paris Match» lui avait consacré sa une, en vacances avec son épouse Brigitte Trogneux, bien plus âgée que lui, qui fut sa professeure au Lycée d’Amiens.

A l’évidence, Emmanuel Macron a calculé son départ jusque dans les moindres détails. On se souvient que fin août 2014, son prédécesseur Arnaud Montebourg – aujourd’hui candidat à la présidentielle – avait été limogé par le premier ministre, Manuel Valls, sans avoir de contacts avec François Hollande, qu’il venait de critiquer sévèrement. Le contexte, pour Macron, n’a rien à voir. L’intéressé est à plusieurs reprises cité par le chef de l’Etat français qui, dans le livre «Conversations privées avec le président» (d'Antonin André et Karim Rissouli, Ed. Albin Michel) tout juste publié, affirme qu’il lui est «totalement fidèle». Une complicité logique puisque Emmanuel Macron doit tout au locataire de l’Elysée, qui l’a fait venir au début de son quinquennat comme secrétaire général adjoint, en provenance de la Banque Rothschild. Une complicité politiquement lestée surtout, car Emmanuel Macron est aujourd’hui en concurrence politique directe avec le premier ministre, Manuel Valls, même si ce dernier s’est surtout distingué ces derniers temps par son discours intransigeant sur la laïcité.

Le chouchou des patrons

Du côté des ambassadeurs français réunis au palais présidentiel ce mardi, l’émergence politique d’Emmanuel Macron est accueillie plutôt positivement. Bon anglophone, très porté sur la nouvelle économie, très en phase avec les préoccupations des Français de l’étranger, le jeune ministre est apprécié des diplomates. «Sa notoriété médiatique, y compris dans la presse internationale, fait de lui le plus commun des ministres et un excellent avocat de la France qui change et qui se modernise dans la mondialisation, pas contre…», expliquait au «Temps», sous les ors de l’Elysée, un ambassadeur en poste en Asie.

Un refrain que les patrons français, réunis à l’université d’été du Medef, devraient entonner à l’unisson. Devant eux, en août 2015, Emmanuel Macron avait été accueilli par une standing ovation. Et pour cause: «La gauche a pu croire, à un moment, il y a longtemps, que la politique se faisait contre les entreprises, ou au moins sans elles», avait-il déclaré. «Qu’il suffisait de décréter et de légiférer pour que les choses changent. Qu’il n’était pas nécessaire de connaître le monde de l’entreprise pour prétendre le régenter.» Avant d’ajouter, dans une charge directe contre le «totem» des 35 heures hebdomadaires votées sous le gouvernement Jospin en 2000: «La gauche a pu croire, il y a longtemps, que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. Tout cela est désormais derrière nous.»

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