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Emmanuel Macron et François Bayrou lors de la campagne présidentielle en avril dernier.
© REUTERS/REGIS DUVIGNAU

Politique

Démission de François Bayrou, affaire Ferrand: l’impossible démarrage du quinquennat Macron

L’annonce du départ du ministre français de la Justice François Bayrou du gouvernement complique sérieusement le renouvellement promis par Emmanuel Macron. A quand les vrais débuts du nouveau quinquennat?

La politique française, même renouvelée, peut-elle définitivement tourner la page des «affaires» et des arrangements familiaux ou partisans? L’annonce du départ du gouvernement français du ministre centriste de la Justice François Bayrou montre combien la «transformation» annoncée par Emmanuel Macron est difficile à mettre en œuvre. Va-t-on enfin en sortir? Explications.

A ce propos: François Bayrou, premier piège du quinquennat


 

■ François Bayrou parti, le nouveau gouvernement Macron est-il débarrassé des «affaires»?

Quatre ministres importants seront donc restés à peine un mois dans l’équipe gouvernementale française réunie à la mi-mai par le premier ministre, Edouard Philippe. Le premier a été l’ex-socialiste Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, mis en cause pour ses arrangements immobiliers familiaux lorsqu’il dirigeait jusqu’en 2011 les Mutuelles de Bretagne – il prendra la tête du groupe majoritaire à l’Assemblée, ce qui est en réalité une promotion.

La seconde a été la ministre de la Défense centriste Sylvie Goulard, députée européenne du Mouvement démocrate (MoDem), qui a pris mardi les devants en annonçant qu’elle veut pouvoir se défendre librement si la justice la met en cause.

Les deux autres démissionnaires, dont le départ a été annoncé ce mercredi matin, sont le ministre de la Justice et numéro trois du gouvernement François Bayrou (président et fondateur du MoDem), et sa fidèle partenaire politique Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes. Ils s’exprimeront lors d’une conférence de presse à 17 heures.

En clair, et même si les ministres n’avaient pas encore pris toutes leurs marques en raison de la campagne pour les législatives, le premier gouvernement du quinquennat Macron est décapité. La composition du nouveau cabinet, attendue pour 18 heures, marquera par conséquent le vrai début d’un président relégitimé par la majorité absolue de 308 députés obtenue dimanche par son parti, La République en marche!. Le mini-remaniement attendu aura débouché sur un maxi-bouleversement.

Le nouveau premier ministre, Edouard Philippe, est un homme seul

Ces démissions sont-elles un vaccin définitif contre le poison des «affaires»? Ce n’est pas si sûr. Il faut bien avoir en tête le climat politique actuel en France. Les partis politiques traditionnels ont fait naufrage. Le Parti socialiste est au bord du gouffre. La droite a vu son groupe parlementaire réduit de moitié avec 113 députés. Le nouveau premier ministre, Edouard Philippe, est un homme seul, certes à la tête d’une majorité absolue, mais entouré de fidèles au président. Résultat: les embuscades et les règlements de comptes risquent de se multiplier.

Ainsi, le dossier des assistants parlementaires du MoDem a été lancé par Sophie Montel, élue du Front national, dont le parti est poursuivi par la justice pour des raisons identiques. Point important toutefois: une nouvelle jurisprudence est désormais entérinée. Tous les ministres mis en cause, même s’ils ne sont pas inculpés par la justice, ont vocation à démissionner. Derrière ce brouhaha se cache donc un nouveau coup de balai politique. Mais gare, les enquêtes continuent et Richard Ferrand, par exemple, n’en a pas fini avec la justice.

Autre sujet susceptible de rebondir: le déplacement à Las Vegas d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie, au Consumer Electronics Show en janvier 2016. L'actuel président de la République est soupçonné d'avoir largement dépassé le budget ministériel prévu et de n'avoir pas recouru à un appel d'offres obligatoire pour l'organisation d'un événement consacré à la «French Tech». Des perquisitions ont eu lieu mardi Chez Publicis et à l'agence Business France chargée d'exporter le savoir-faire Français...dont la directrice n'était autre, alors, que la nouvelle Ministre du travail Muriel Penicaud.


 

■ François Bayrou était-il un maillon fort ou un maillon faible pour Emmanuel Macron?

Le dirigeant centriste français, trois fois candidat à l’élection présidentielle (2002, 2007, 2012), a apporté un soutien déterminant à Emmanuel Macron lorsqu’il a annoncé, en février, qu’il ne se présenterait pas une quatrième fois.

Il lui a ouvert un boulevard, et a levé une très sérieuse hypothèque. Même si le candidat François Bayrou n’avait peut-être pas dépassé la barre des 5%, son socle aurait pu coûter sa qualification au second tour pour l’actuel locataire de l’Elysée. Ce dernier lui a d’ailleurs renvoyé l’ascenseur dès son élection, en le nommant numéro trois du gouvernement, chargé de la Justice… et de la mise en œuvre de la promesse présidentielle de moralisation de la vie politique. Il avait aussi ouvert son gouvernement à Marielle de Sarnez et à Sylvie Goulard, deux des responsables les plus en vue de son micro-parti, le MoDem. Puis est venue la cerise finale sur le gâteau: plus de 70 investitures accordées aux législatives et, au final, 42 élus, soit le jackpot pour un parti qui n’avait aucun député dans l’Assemblée sortante.

Relire le portrait de Sylvie Goulard: Ministre des Armées bleue étoilée

Emmanuel Macron a dès lors largement payé son tribut à cet allié encombrant, avec lequel il peut d’autant plus couper les liens aujourd’hui qu’il n’en a pas besoin au parlement pour faire adopter ses lois. La République en marche! a obtenu, seule, la majorité absolue. En quelques semaines, le maillon fort Bayrou était devenu un maillon faible. L’ancien ministre de la Justice, qui pourra rester maire de Pau, a néanmoins tout perdu. Il n’est pas député. Il est à la tête d’un parti où les divisions ne tarderont pas à apparaître. Il sera au cœur de l’éventuelle enquête judiciaire. Rester ministre alors qu’une enquête s’annonce se serait, de toute façon, vite avéré intenable. Ce responsable politique très orgueilleux n’a donc pas signé le retour magistral sur le devant de la scène qu’il espérait.


 

■ L’affaire des assistants parlementaires du MoDem est-elle comparable à l’affaire Ferrand, et aux autres affaires en cours: celle qui a «tué» François Fillon et celle qui poursuit le Front national?

L’affaire Fillon se distingue de toutes les autres. L’ancien candidat à la présidentielle et son épouse ont d’ailleurs été tous deux mis en examen, entre autres pour «détournements de fonds publics et recel d’abus de biens sociaux». La justice soupçonne l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy d’avoir siphonné son enveloppe de député, puis celle de son successeur, pour rémunérer son épouse sans que celle-ci travaille vraiment. En bref: le couple Fillon et deux de ses enfants (employés par leur père lorsqu’il était sénateur) sont soupçonnés d’avoir menti, et d’avoir en quelque sorte imputé de fausses factures à l’Etat. Pas de financement politique partisan ici. Juste une affaire de fraude personnelle et familiale érigée en système pendant plus d’une décennie. Avec, en plus, un passage de Penelope Fillon par un autre emploi supposé fictif dans une revue possédée par un ami milliardaire…

L’affaire Ferrand est d’une tout autre nature. L’élu incriminé a, alors qu’il n’exerçait pas de mandat politique, permis à son ex-épouse de financer l’acquisition d’un bien immobilier et sa rénovation complète par l’obtention d’un contrat avec les Mutuelles de Bretagne, dont il était le directeur. Il s’agit d’un arrangement privé familial, d’une sorte de délit d’initié. La question est de savoir si cette transaction était connue desdites Mutuelles et si elle a lésé les mutualistes bretons. L’argent des Mutuelles n’est pas à proprement parler de l’argent public, mais ces sociétés d’assurance ne sont pas des firmes privées. Elles sont supposées ne pas faire de profit. Est-il normal que leurs dirigeants s’enrichissent grâce à elles? Richard Ferrand devra répondre à cette question depuis son nouveau poste de patron de la majorité à l’Assemblée nationale. C’est en effet une autre différence majeure: l’intéressé a été promu lors de son départ du gouvernement. Sa nouvelle fonction sera au cœur du quinquennat Macron et à la croisée des réformes. Feuilleton à suivre.

Lire aussi: Richard Ferrand, pilier félé de la «Macronie»

L’affaire reprochée à François Bayrou et au MoDem ressemble, en fait, à celle qui poursuit le Front national. Depuis des mois, le parti d’extrême droite est sous investigation. Il est accusé par le Parlement européen et par la justice française d’avoir utilisé de faux assistants parlementaires européens pour des fonctions sans rapport avec l’Assemblée de Strasbourg. Le MoDem, qui était ces dernières années à plat côté finances (il n’avait que quelques sénateurs et des députés européens), a-t-il fait la même chose? Le ministre sortant n’était pas député européen, mais il utilisait les services de personnes payées par les eurodéputés de sa formation. Comment le justifier alors que François Bayrou s’est fait le chantre de la morale en politique, et le dénonciateur en chef de François Fillon?


 

■ Le quinquennat Macron est-il déjà «plombé»?

Ce n’est pas une hémorragie. Mais le nouveau président français va devoir agir vite pour cautériser la plaie. Son projet de loi sur la moralisation de la vie politique, le premier à avoir été présenté au Conseil des ministres à la fin mai, ne pourra pas être porté par François Bayrou. Il faut dès lors trouver une personnalité incontestable pour remplacer ce dernier. Premier chantier.

Un autre dossier compliqué sera celui de la parité dans l’équipe gouvernementale. Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez parties, il faut remplacer d’urgence deux femmes et trouver des remplaçants de choix pour leurs fonctions importantes (Affaires européennes et Défense). Le locataire de l’Elysée, qui promettait de se comporter tel «Jupiter» au-dessus des partis, doit d’emblée remettre les mains dans le cambouis, au risque de tout précipiter, avant son départ demain jeudi pour son premier Conseil européen à Bruxelles.

Emmanuel Macron, qui promettait de se comporter tel «Jupiter» au-dessus des partis, doit d’emblée remettre les mains dans le cambouis

Quelle dynamique enfin? François Bayrou avait la crédibilité de sa démarche centriste. Il avait été le premier, avant Emmanuel Macron, à théoriser le «ni droite, ni gauche». Il avait une légitimité politique incontestable. Il connaît les méandres du parlement et de la vie publique. Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard, personnalités très différentes, avaient aussi chacune une réelle expertise et un «poids» politique. Faut-il pour les remplacer aller trouver de nouvelles recrues à droite, leur camp d’origine? On voit bien le danger pour le chef de l’Etat français, qui a fait jusque-là un sans-faute diplomatique: descendre de son piédestal, s’exposer en nommant des personnalités fragiles… La solution? Peut-être la nomination de ministres issus de la société civile. Face à un parlement renouvelé en profondeur, cela aurait du sens. Mais attention: les personnalités en provenance du secteur privé peuvent aussi avoir des «casseroles». L’impossible démarrage du quinquennat Macron est désormais le sujet principal.


A lire sur notre site ce mercredi à partir de 19 heures: la première interview accordée par Emmanuel Macron à la presse européenne depuis le début de son mandat. Un entretien exclusif accordé au Figaro, à la Süddeutsche Zeitung, au Guardian, à Gazeta Wyborcza, à El Pais, au Corriere Della Sera, au Soir et au Temps.

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