Où en est la diplomatie internationale après l’abandon, jeudi, par Kofi Annan, de son plan de paix en Syrie qui ne s’est jamais concrétisé? Pour Michael Stéphens, chercheur au Royal United Service Institute (RUSI), un think tank sur les questions de sécurité, la décision du Prix Nobel de la paix – nommé médiateur pour la Syrie par l’ONU et la Ligue arabe en février – consacre l’échec total de la communauté internationale.

Le Temps: Quel est l’impact de la démission de Kofi Annan? Michael Stephens: C’est la confirmation que toute solution diplomatique est morte en Syrie, mais ce n’est pas une surprise. Depuis le début, le Conseil de sécurité de l’ONU est paralysé et la démission de Kofi Annan ne changera rien puisque sa mission n’a pas eu d’effet. En revanche, elle ôte le paravent derrière lequel la Russie et la Chine se cachaient en prétendant vouloir trouver une solution diplomatique à la crise. Seul compte désormais le conflit militaire.

– N’existe-t-il aucune autre option diplomatique? – Je n’en vois aucune. Le premier objectif du plan de paix de Kofi Annan était d’instaurer un cessez-le-feu. Or en Syrie personne n’est prêt à déposer les armes. Il ne s’agit plus de diplomatie à présent, mais de stratégie militaire. Les bases légales pour une intervention ne seront jamais réunies tant que le Conseil de sécurité reste bloqué; et je ne vois aucun signe de changement.

– Pensez-vous que certaines puissances étrangères seraient prêtes à intervenir sans l’aval de l’ONU? – Je ne peux imaginer que les Etats-Unis ou toute autre puissance occidentale se décide seule à envahir la Syrie et prendre la responsabilité de sécuriser le pays par la suite. Les puissances étrangères ne souhaitent pas intervenir dans le conflit syrien, en particulier les Etats-Unis, en pleine campagne électorale.Tout ce qu’elles peuvent faire, c’est améliorer leurs connexions avec les forces déjà actives sur le terrain. Il s’agit essentiellement du Qatar, qui soutient l’Armée syrienne libre en lui fournissant des armes et un entraînement militaire, en coordination avec la Turquie et l’Arabie saoudite.

– Quel est le but du Qatar? – Personne ne le sait vraiment. Les Qatari ont décidé que les problèmes arabes doivent se régler entre pays arabes et souhaitent probablement créer un précédent diplomatique en ce sens. Ils augmentent certes leur influence dans la région, mais seront incapables de contrôler la situation à eux seuls. Ils auront besoin de l’appui des puissances occidentales pendant la période post-Assad.

– Comment le conflit peut-il évoluer d’après vous? – L’opposition ne peut que miser sur la lente agonie de l’armée syrienne. Tous les jours, des soldats font défection. Ce n’est qu’une question de temps avant la fin du régime. Les troupes de Bachar el-Assad ne sont déjà plus en mesure de contrôler l’ensemble du pays. Dès qu’elles se retirent des centres urbains, les rebelles reprennent du terrain. Et ils contrôlent désormais les campagnes autour des villes principales. Bachar el-Assad continuera à se battre jusqu’au dernier souffle, mais il devra quitter le pouvoir tôt ou tard. Certains évoquent la possibilité que le régime se replie dans la région alaouite du nord-ouest. C’est possible. L’armée syrienne libre de son côté n’est pas une entité unifiée et l’opposition surmontera difficilement ses divisions.

Comment envisagez-vous la période post-Assad? – L’une des grandes inconnues réside dans l’arrivée de combattants d’Al-Qaida pour qui Bachar el-Assad représente un ennemi chiite à abattre. On ne connaît pas précisément leur nombre, mais ce qui est certain, c’est qu’ils ne recherchent pas la stabilité du pays et qu’ils sont en mesure de causer de sérieux troubles. Le conflit pourrait glisser vers un combat entre l’Armée syrienne libre et les djihadistes. Le prochain grand combat sera la reconstruction du pays, dévasté et divisé. Les centres urbains sont détruits, les élites ont fui, des milliers de réfugiés et de victimes auront besoin d’aide. Peut-être qu’à ce moment, les puissances étrangères reviendront dans le jeu.

«Tous les jours, des soldats font défection. Ce n’est qu’une question de temps avant la fin du régime»