Avec sa démission surprise jeudi de son poste de ministre des Finances, Sajid Javid, fils d'un chauffeur de bus pakistanais et ancien banquier, met un coup d'arrêt à une carrière politique qui l'avait vu se hisser en quelques années à un poste clé du gouvernement de Boris Johnson.

Sajid Javid, un eurosceptique de 50 ans, claque la porte moins de deux semaines après le Brexit et à un mois de la présentation d'un budget très attendu à l'occasion duquel il devait dévoiler une nette hausse des dépenses publiques.

Son départ, le plus retentissant à ce jour pour le gouvernement de Boris Johnson, intervient après des semaines de rumeurs sur sa mésentente avec Dominic Cummings, le plus proche conseiller du Premier ministre. Il avait été nommé Chancelier de l'Echiquier, autre nom du ministre des Finances, en juillet 2019, succédant à Philip Hammond, avec l'arrivée au pouvoir de Boris Johnson, puis était resté à son poste après la large victoire de ce dernier aux élections législatives de décembre.

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Un porte-drapeau

Sajid Javid, qui avait avoué avoir souffert du racisme dans son enfance, avait déjà été le premier membre d'une minorité ethnique à prendre la tête du ministère de l'Intérieur sous le gouvernement conservateur précédent de Theresa May en 2018.

Depuis son élection au Parlement en 2010, il a rapidement gravi les échelons au sein du Parti et son histoire personnelle a fait de lui un porte-drapeau des Tories.

Son père était arrivé dans le pays au début des années 1960 sans un sou en poche, trouvant un travail dans une usine de coton de Rochdale, près de Manchester (nord-ouest de l'Angleterre). La famille déménage ensuite à Bristol, dans le sud-ouest de l'Angleterre, où le père de Sajid Javid travaille comme conducteur de bus, avant de reprendre un magasin de vêtements féminins.

Un eurosceptique pragmatique

Malgré des fins de mois difficiles, Sajid Javid entre à l'université puis fait carrière dans la banque, d'abord à la Chase Manhattan Bank, puis à la Deutsche Bank, avant de se tourner vers la politique. Il offre un visage du Royaume-Uni moderne et multiculturel: ses parents sont musulmans, tandis que son épouse Laura, avec qui il a quatre enfants, est chrétienne et pratiquante.

Partisan du thatchérisme et du libre marché, Sajid Javid, malgré son euroscepticisme, s'était prononcé contre le Brexit lors du référendum de juin 2016, par pragmatisme économique. Mais il avait par la suite viré de bord et offert son soutien à Boris Johnson dans la course à Downing Street.

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Lors de ses quelques mois passés à la tête du puissant Trésor, il a dû mettre de côté sa vision très libérale de l'économie et a défendu vigoureusement les promesses d'augmentation des dépenses publiques faites par Boris Johnson durant sa campagne électorale.

Sous le feu de la critique

Sajid Javid a été associé aux décisions les plus stratégiques prises par le gouvernement ces dernières semaines, que ce soit la porte ouverte à l'équipementier chinois Huawei dans la 5G ou le feu vert donné au controversé projet géant de ligne de train à grande vitesse HS2. Le budget prévu le 11 mars devait être l'occasion d'afficher sa vision pour l'économie britannique après le Brexit et de réaliser les promesses de hausse des dépenses pour le système de santé, la police ou l'école.

Comme ministre de l'Intérieur, il avait essuyé des critiques pour avoir refusé début 2019 le retour d'une jeune femme de 19 ans qui avait rejoint l'organisation Etat islamique en Syrie en 2015. Cette décision avait provoqué un vif débat dans le pays, relancé après l'annonce de la mort en Syrie du bébé de la jeune femme.