La puissante centrale syndicale tunisienne UGTT, en réunion extraordinaire ce jour après avoir joué un grand rôle dans les manifestations ayant précipité la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, a affirmé ce mardi qu’elle «ne reconnaissait pas le nouveau gouvernement» de transition formé la veille.

Ses trois représentants au gouvernement viennent donc de s’en retirer, apprend-on ce mardi, avec le départ de Abdeljelil Bédoui (ministre auprès du premier ministre), Houssine Dimassi (Formation et Emploi) et Anouar Ben Gueddour (secrétaire d’Etat auprès du ministre du Transport et de l’Equipement).

De nombreuses voix s’élèvent en Tunisie, notamment au sein de la gauche et de la mouvance islamiste contre la présence de membres de l’ancien gouvernement du président déchu Ben Ali dans la nouvelle équipe de transition formée lundi.

Le chef du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDLT), Mustapha Ben Jaâfar, nommé lundi ministre de la Santé, est le quatrième à avoir donné sa démission, peu après celle des ministres issus de l’UGTT.

Le secrétaire général adjoint de l’UGTT, Abid al Briki, a expliqué que cette décision avait été prise en raison du maintien au gouvernement du Rassemblement démocratique constitutionnel (RCD), le parti de l’ancien président Ben Ali. «Il s’agit d’une réponse aux revendications des gens dans la rue», a-t-il dit.

Par la suite, le président tunisien par intérim, Foued Mebazaa, et le premier ministre, Mohammed Ghannouchi, ont démissionné du RCD. Ce parti a par ailleurs annoncé avoir radié de ses rangs l’ex-président Ben Ali et six de ses collaborateurs.

Pendant les 23 ans de règne sans partage de M. Ben Ali, la direction de l’UGTT a souvent affiché une attitude relativement conciliante à l’égard du pouvoir. Cette centrale est traversée par divers courants, allant du parti de M. Ben Ali (RCD) à l’opposition radicale à l’ancienne dictature.

Nouvelles manifestations

L’Agence France presse fait état ce mardi midi de milliers de manifestants qui ont défilé dans plusieurs villes de province contre la présence dans le nouveau gouvernement de transition de membres de l’équipe sortante du président déchu Ben Ali.

Environ 5000 personnes ont manifesté à Sfax (centre-est), la métropole économique du pays, où l’imposant siège local du RCD, le parti du président Ben Ali, avait été incendié par des manifestants il y a quelques jours, a rapporté un témoin. Une manifestation a rassemblé «des milliers de manifestants» à Sidi Bouzid (centre-ouest) d’où est partie à la mi-décembre la révolte populaire contre le régime autoritaire du président Ben Ali, selon un correspondant de l’AFP. Une autre marche de protestation ayant rassemblé un millier de personnes s’est produite à Regueb, à 37 km de Sidi Bouzid, selon un autre correspondant.

Enfin, un rassemblement de 500 personnes, regroupant notamment des avocats et des syndicalistes, s’est tenu à Kasserine, autre bastion de la «Révolution du jasmin».

Violente réaction de la police à Tunis

A Tunis ce matin, la police a violemment dispersé un millier de manifestants, parmi lesquels des islamistes, hostiles à la présence de membres de l’équipe du président déchu Ben Ali dans le gouvernement de transition formé lundi.

Sadok Chourou, 63 ans, ancien président du mouvement islamiste tunisien interdit Ennahdha (Eveil), libéré le 30 octobre 2010 après avoir passé vingt ans en prison pour ses activités politiques, se trouvait en tête des manifestants. «Le nouveau gouvernement ne représente pas le peuple et doit tomber. Non au RCD», le Rassemblement constitutionnel démocratique de l’ancien président, a-t-il déclaré à l’AFP au cours de la manifestation, rassemblant un millier de personnes sur l’avenue Habib Bourguiba, dans le centre de Tunis.

Sadok Chourou était entouré de trois personnes qui assuraient visiblement sa sécurité. Des jeunes brandissaient près de lui une pancarte «Oui à Ennahdha».

La police a appelé les manifestants à se disperser, conformément à l’état d’urgence en vigueur qui interdit les rassemblements de plus de trois personnes, avant de tirer des gaz lacrymogènes. Rompant avec la retenue lors d’une manifestation similaire organisée lundi, les forces de l’ordre ont aussi fait usage de leurs matraques pour disperser la foule.

«On ne peut pas vivre avec le RCD»

Les manifestants, une centaine au départ, se sont d’abord dispersés dans les rues latérales de l’avenue Bourguiba pour échapper aux gaz lacrymogènes, avant d’y revenir plus nombreux, provoquant une nouvelle intervention très musclée de la police.

«RCD assassins», ont scandé les manifestants, dénonçant le parti du président déchu Zine El Abidine Ben Ali. «On peut vivre seulement avec du pain et de l’eau, mais pas avec le RCD», chantaient-ils.

«Nous refusons ce gouvernement criminel qui veut voler la révolte de notre peuple. Nous voulons un gouvernement qui représente vraiment le peuple. Nous dénonçons les partis de l’opposition fantoche qui sont maintenant au gouvernement», a expliqué un manifestant.