Éditorial

La démocrate Elizabeth Warren a un talon d’Achille: être trop à gauche

ÉDITORIAL. La sénatrice du Massachusetts a le vent en poupe dans les sondages. Son ancrage à gauche pourrait toutefois lui nuire si elle devait être choisie pour contrer Donald Trump en 2020

La campagne présidentielle américaine ressemble toujours plus à une mer agitée avec de violents courants. Un président menacé par une procédure de destitution, Joe Biden, le démocrate jusqu’ici favori des sondages, éclaboussé par l'«affaire ukrainienne», Bernie Sanders qui se remet d’une crise cardiaque et, en tout, 12 candidats démocrates qui peuvent encore se voler dans les plumes lors d’un débat télévisé. Dans ce contexte électrique, une personne est en train de prendre l’avantage: la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, avocate de la classe moyenne.

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Dans les sondages, elle arrive désormais en deuxième position. Et dépasse parfois même Joe Biden. Elle a de nombreux avantages par rapport à l’ex-vice-président, sous Barack Obama: Elizabeth Warren est plus jeune – 70 ans contre 76 –, n’est pas confuse, elle ne peut pas être accusée d’être trop tactile avec les femmes et n’a pas de fils gênant ayant travaillé dans une société gazière ukrainienne. Elle sait aussi faire face aux attaques violentes de Donald Trump. Joe Biden tangue un peu. Elizabeth Warren a, au contraire, le vent en poupe.

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Elle apparaît donc comme l’une des grandes favorites pour remporter la primaire démocrate. Verra-t-on enfin une femme à la Maison-Blanche? Pour les démocrates, le choix sera difficile. Car plus qu’élire le meilleur candidat, il s’agira surtout de faire un choix tactique: voter en faveur de celui ou celle qui sera le plus à même de vaincre Donald Trump. Faut-il une personnalité très marquée à gauche qui représente l’antithèse du président? Ou, au contraire, un candidat, plus centriste et consensuel, capable de séduire des républicains déçus par Donald Trump? Le principal défaut d’Elizabeth Warren pourrait bien être celui d’être trop à gauche.

Elle représente l’aile progressiste des démocrates, celle qui a donné du grain à moudre à la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. Ancré plus à gauche, le «socialiste» Bernie Sanders tente encore de lui faire de l’ombre. Il peut compter sur le soutien de trois jeunes élues, iconiques et très combatives, qui réclament depuis longtemps la destitution de Donald Trump, même si elle n’a quasiment aucune chance d’aboutir à cause de la majorité républicaine au Sénat. Mais si le sénateur devait abandonner la course, ses voix se reporteraient principalement sur elle.

Elizabeth Warren a «un plan» et elle incarne, certes, une sorte de renouveau par rapport à Joe Biden. Mais si les primaires peuvent avantager les candidats à gauche, la balle a tendance à se jouer plus au centre lors de l’élection présidentielle. Le centrisme de Joe Biden, qui cultive sa fibre populaire et soigne son électorat afro-américain, pourrait donc au final se révéler plus «rassurant» dans une Amérique divisée qui veut panser ses plaies.

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