En anglais et (deux phrases) en espagnol. C’est par le biais de Joe Kennedy III, 37 ans, petit-fils de Robert Kennedy et petit-neveu de l’ancien président John F. Kennedy, que les démocrates ont officiellement répondu mardi soir au discours sur l’état de l’Union de Donald Trump. Un rôle habituellement réservé aux «étoiles montantes» du parti. Mais pour l’instant, force est de constater que les démocrates, affaiblis et profondément divisés, tiraillés entre modérés et progressistes, peinent à faire des étincelles. Les figures fortes capables de contrer Donald Trump pour la présidentielle de 2020 ne sautent pas aux yeux, exceptées les sénatrices Kamala Harris et Elizabeth Warren. L’indépendant Bernie Sanders, 76 ans, est déjà en embuscade. Le parti ne s’en cache pas: il a un problème de relève.

La perspective des élections de mi-mandat

Mardi, Joe Kennedy n’a pas vraiment brillé. Discret, l’élu de la Chambre des représentants avait été jusqu’à refuser, en 2014, de prendre la tête du comité chargé de la réélection des démocrates au Congrès. Depuis, il s’est fait remarquer lors de discours engagés, prononcés après les violences racistes de Charlottesville ou, par exemple, pour fustiger la politique de Donald Trump en matière de santé. Mais après le discours sur l’état de l’Union, lorsqu’il a pris la parole dans une école de formation professionnelle de Fall River (Massachusetts) des trémolos dans la voix, il s’est davantage fait remarquer sur les réseaux sociaux pour ses coins de bouche luisants que pour ses propos.

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L’année 2018 est pourtant une année cruciale. En novembre, une grande partie du Congrès sera renouvelée, et l’enjeu pour les démocrates est de tenter de faire basculer la majorité à leur avantage. C’est ce à quoi va s’escrimer le président du parti, Tom Perez. Pour l’instant, il peine surtout à rassembler les différents courants et à faire oublier le psychodrame lié à la défaite d’Hillary Clinton en novembre 2016.

Une première année de présidence chaotique

Donald Trump vient d’achever une première année au pouvoir chaotique. Il sait qu’il va devoir faire des concessions aux démocrates pour faire passer des lois au Congrès, avec deux chambres pourtant en mains républicaines. Son «appel à l’unité», sa déclaration selon laquelle une «nouvelle ère américaine» s’ouvre, s’inscrivent dans ce contexte. Il l’a répété mardi soir, il doit notamment faire passer l’enveloppe de 1500 milliards de dollars pour les infrastructures et veut débloquer le dossier sur l’immigration, celui-là même qui a provoqué trois jours de shutdown faute d’accord sur le budget 2018.

Du pain bénit pour les démocrates? Si Donald Trump fait mine de leur tendre la main, ils se sentent piégés par son «deal migratoire»: la régularisation et possible naturalisation de près de 1,8 million de clandestins, en échange d’une enveloppe de 25 milliards de dollars pour la construction d’un mur entre le Mexique et les Etats-Unis, assortie d’autres mesures pour lutter contre la migration illégale, mettre fin à la loterie des cartes vertes et donner quelques coups de machette dans les règles de regroupement familial.

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Négociations tendues en perspective

Mardi soir, Joe Kennedy a livré un plaidoyer en faveur des «Dreamers», ces clandestins arrivés mineurs aux Etats-Unis, qui bénéficiaient jusqu’ici de la protection du système DACA. Il leur a assuré: «Vamos a luchar por ustedes y no nos vamos a alejar» («Nous allons nous battre pour vous et nous ne vous laisserons pas tomber»). Sauf que contester la proposition de Trump pour s’opposer à la construction du mur frontalier reviendrait à les faire expulser. Les tractations au Congrès vont être très tendues ces prochains jours, ni Donald Trump ni les démocrates n’étant prêts à perdre la face.

Plusieurs élus démocrates habillés en noir

Plusieurs élus démocrates ont assisté au discours de Donald Trump habillés en noir, par solidarité envers les mouvements #MeToo et #TimesUp et les victimes de harcèlement sexuel. Une quinzaine l’ont boycotté. Alors que les républicains n’ont cessé de se lever pour applaudir le président des Etats-Unis qui s’applaudissait lui-même, les démocrates sont généralement restés assis, la mine impassible.

Chuck Schumer, le chef de file des démocrates au Sénat, a résumé sur Twitter l’impression qui domine dans ses rangs: «Après une longue année de divisions, de nombreux Américains attendaient du président une vision unificatrice pour le pays. Malheureusement, son discours a attisé les feux de la division au lieu de nous rapprocher.» Un constat qui devrait les pousser à rapidement faire émerger des personnalités solides, prêtes à se lancer dans la course à la présidence.