Sous la présidence de Donald Trump les institutions démocratiques américaines ont fait l’objet d’attaques sans précédent. Etat des lieux avant l’élection présidentielle du 3 novembre.

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Les militaires vont-ils rester dans leurs casernes? La question peut sembler totalement incongrue dans un pays qui s’est toujours vu comme la grande démocratie du monde. Pourtant, il y a quelques semaines, deux sénateurs démocrates américains demandaient, par écrit et de manière tout à fait officielle, des garanties en ce sens aux plus hauts responsables militaires des Etats-Unis.

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Ce curieux exercice s’est déroulé sur la colline du Capitole après que Donald Trump eut suggéré qu’il pourrait refuser d’accepter le résultat du scrutin de novembre. «Le président des Etats-Unis met en question notre démocratie et notre capacité à mener des élections libres et justes», résumait la démocrate du New Jersey Mikie Sherrill. Le chef d’état-major des armées, Mark Milley, qui était auparavant apparu aux côtés du président lorsqu’il avait posé une Bible à la main devant une église de Washington, faisait amende honorable: «Je reconnais qu’il ne peut y avoir qu’un seul président légitime à la fois», répondait le général.

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Jeu de rôles

Cet épisode le montre bien: dans le camp démocrate, la perspective d’un Donald Trump qui refuserait de lâcher le pouvoir en cas de défaite est un scénario déjà présent dans les esprits. Bien plus: cet été, de manière discrète, plusieurs dirigeants démocrates se sont entourés d’universitaires, de militaires mais aussi de quelques rivaux politiques républicains pour mener un jeu de rôles visant à évaluer les prochaines étapes possibles. L’exercice était mené par Rosa Brooks, une professeure de droit de l’Université de Georgetown. Résultat? «Tous nos scénarios se terminaient par des violences dans la rue et par une impasse politique», constatait-elle dans la presse américaine.

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Qu’à cela ne tienne: le Transition Integrity Project (TIP) a ainsi continué son travail, à l’initiative notamment de John Podesta, ancien conseiller de Bill Clinton, en adressant des conseils aux démocrates dans le cas où Donald Trump s’accrocherait au pouvoir: prévoir des ressources et du personnel pour s’occuper de la question; s’attendre à des batailles de rue autant ou davantage qu’à un combat légal devant les tribunaux; être prêt à répondre à des coups tordus du président telles des tentatives de corruption; mobiliser la base démocrate pour organiser des manifestations pacifiques géantes… «Si Trump essaie de court-circuiter les résultats, l’ampleur des protestations sera celle de Black Lives Matter sous stéroïdes», surenchérit Adam Green, un militant d’une autre organisation démocrate, interrogé par The Atlantic.

«La démocratie est l’enjeu du vote»

Car le TIP n’est pas le seul à se préparer au pire parmi les adversaires de Donald Trump. Un peu partout sur le territoire américain, une série d’organisations pro-démocrates s’organisent en réseaux afin de «sauvegarder l’Etat de droit et garantir le résultat légitime des élections». A l’instar de Protect the Results, qui regroupe elle-même plus de 80 associations, il s’agit pour les démocrates de «recruter des Américains prêts à mener des actions», de servir de leaders d’opinion auprès des médias et des communautés, ainsi qu’à «se tenir prêts à une éventuelle crise post-électorale».

Progressive Turnout Project est une autre de ces organisations qui ont fleuri dans le camp démocrate. Le but? Procéder à «des millions» de coups de téléphone pour s’assurer que chaque électeur trouvera le moyen de voter. «Le droit de vote protège tous les autres droits dit, à Chicago, Rachana Desai Martin, une responsable du parti de l’âne. Nous devons être présents partout, informer les électeurs sur leurs options et les aider à exercer leur droit de vote.» Elle tranche: «Cette année, c’est la démocratie qui est l’enjeu du vote.»