C'est à une guerre virtuelle que se livrent désormais Israël et les Etats-Unis d'un côté, l'Iran de l'autre. Aux récentes manœuvres aéronavales de grande ampleur de l'Etat hébreu en Méditerranée méridionale, les Gardiens de la révolution (les Pasdaran) ont répondu mercredi par le tir de neuf de missiles, dont l'un à très longue portée. Selon la télévision iranienne en arabe Al-Alam, ce dernier, un Shahab-3, était équipé d'une charge conventionnelle d'une tonne et d'une portée de 2000km, soit deux fois la distance séparant la frontière ouest de l'Iran de l'Etat hébreu. L'agence officielle Fars a précisé qu'il emportait «une tête à fragmentation» permettant d'effectuer «une sorte de bombardement [...] des bases militaires, des lieux de regroupement des soldats et des navires ennemis». Soit une mise en garde aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, qui viennent d'achever des manœuvres de cinq jours destinées à protéger les installations pétrolières dans le golfe Persique.

«Nos missiles sont prêts à être lancés n'importe où, n'importe quand, vite et avec précision», a lancé hier le commandant des forces aériennes des Gardiens de la révolution, Hussein Salami. «L'ennemi ne doit pas répéter ses erreurs. Ses cibles sont sous notre surveillance», a-t-il ajouté. Même s'il s'inscrit dans une partie de poker menteur, qui pourrait être destinée à cacher d'éventuelles concessions diplomatiques de Téhéran, le tir des missiles a été jugé d'autant plus sévèrement qu'il s'inscrit dans un contexte de crise nucléaire aiguë. «La production de missiles balistiques par l'Iran constitue une violation des résolutions du Conseil de sécurité et est totalement incompatible avec ses obligations» envers la communauté internationale, a commenté la Maison-Blanche. «C'est la preuve que la menace d'un missile iranien n'est pas le fruit de l'imagination», a renchéri la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice.

Militarisation du régime

Signe de la militarisation croissante du régime, la plupart des déclarations iraniennes viennent désormais de hauts responsables des Pasdaran, à la fois l'arme idéologique et l'élite militaire du régime. Mardi, c'est le religieux Ali Chirazi, représentant du Guide, Ali Khamenei, dans les forces navales de ce corps, qui avait accusé Israël de «faire actuellement pression sur les dirigeants de la Maison-Blanche pour préparer une attaque contre l'Iran» et menacé «de mettre le feu à Tel-Aviv et à la flotte américaine dans le golfe Persique».

Tout indique dès lors que le régime se prépare à la guerre. Fin juin, le nouveau chef des Pasdaran, le général Mohammed Ali Jaffari, a annoncé la réorganisation complète des Pasdaran, avec la création de 31 centres de commandement autonomes - un par province - totalement sous la dépendance du Guide. But de l'opération: ces armées pourront défendre leur région sans dépendre du centre en cas d'attaque extérieure. Elles seront renforcées par le corps des Bassidji (miliciens islamiques au nombre de plusieurs millions), rattaché à présent aux Pasdaran et au général Jaffari.

La militarisation du régime se reflète aussi dans la composition du gouvernement - neuf ministres sur 21 sont d'anciens Pasdaran - et des gouverneurs de province. Elle profite au final au Guide, Ali Khamenei, qui a la haute main sur toutes les forces armées, en particulier le corps des Pasdaran.

Contrairement au président Ahmadinejad, qui ne croit toujours pas à la guerre, l'état-major iranien estime qu'elle est tout à fait possible. Le bombardement israélien en septembre d'un site syrien, suspecté de cacher un réacteur nucléaire nord-coréen en construction, a eu valeur d'avertissement pour Téhéran. Ce raid a témoigné que la guerre n'était déjà plus seulement virtuelle.