De son exil norvégien, il évoque d'abord le climat, «plutôt frais, même en été». Avocat de Kinshasa, Toni Wamba a obtenu l'asile politique à Oslo en 1999, un an après avoir fui le régime de Laurent-Désiré Kabila, alors maître incontesté de la R.D.C. (République Démocratique du Congo). «Je me suis d'abord réfugié à Brazzaville, de l'autre côté du fleuve Congo. Et ce sont les Nations unies qui m'ont ensuite transféré en Norvège.» Là-haut, dans le royaume scandinave, il a retrouvé son ami Richard Kititi, 35 ans, juriste de Kinshasa, en exil comme lui. «Moi je vis à Trondheim, dit Richard. La ville est connue pour l'équipe de foot de Rosenborg, je vais parfois au match.»

Mais les deux hommes ne sont pas venus à Genève pour parler football. «Nous dénonçons la monarchie kabiliste! A Kinshasa, le pouvoir vient de se transmettre de père en fils, quelle imposture… Nous sommes une république tout de même.» Membres du FONUS (Forces nationales pour l'unité et la solidarité), un parti d'opposition, les deux «Norvégiens» sont venus dire leurs doutes sur la présidence de Joseph Kabila, 29 ans, fils de, et plus jeune chef d'Etat au monde. «Ce matin, nous étions dans le bâtiment du Palais des Nations pour participer aux discussions, et nous l'avons croisé dans les couloirs. Nous l'avons apostrophé.» Et les deux juristes d'expliquer que Joseph Kabila est directement impliqué dans le génocide des hutus rwandais réfugiés à l'est de l'ex-Zaïre (1996). «Ce Monsieur a du sang sur les mains, affirme Toni Wamba. Et il vient donner ici des leçons de droits de l'homme…»

Encore une nuit d'hôtel à Genève, et les deux amis reprendront l'avion pour la Norvège. Avec le sentiment du devoir accompli? «Nous aurons essayé de faire comprendre à nos interlocuteurs que ce qui se passe au Congo, c'est 2 millions de morts de 1996 à 2000, et que l'arrivée de Kabila Junior au pouvoir ne résout rien. Il est jeune, il bombe le torse, joue le jeune premier chef de l'Etat, mais c'est d'abord un chef de guerre.» Regrettent-ils le long règne de Mobutu? Ils ne le disent pas vraiment, mais enfin, bon «à l'époque au moins, le pays était unifié. Aujourd'hui, Kinshasa ne contrôle plus qu'un tiers de son territoire; tout le reste est aux mains des rebelles». A Oslo, Richard Kititi retrouvera sa femme et sa petite fille, «scolarisée l'an prochain à l'école publique, en norvégien». La famille de Toni Wamba, elle, est encore à Kinshasa, «en sécurité, fait-il. Enfin, en principe».