Royaume-Uni

Les députés britanniques reportent leur décision sur le Brexit

Le Parlement britannique adopte un amendement qui entraîne le report de la décision. Le premier ministre Boris Johnson dit toujours vouloir un Brexit le 31 octobre

Les députés britanniques ont décidé samedi de reporter leur décision sur l'accord de Brexit conclu entre Londres et Bruxelles, ce qui contraindra le Premier ministre Boris Johnson à demander aux Européens un nouveau report du divorce.

L'amendement en ce sens, déposé par le député Oliver Letwin, a été approuvé à 322 voix pour et 306 voix contre. Pour ses partisans, il vise à donner plus de temps aux députés pour débattre de l'accord dans ses détails sans risquer un «no deal» le 31 octobre s'ils n'ont pas fini.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a redit samedi sa détermination à sortir son pays coûte que coûte de l'UE le 31 octobre, malgré le vote des députés le contraignant à demander un report à Bruxelles.

«Je ne négocierai pas de report avec l'UE», a déclaré Boris Johnson après ce revers au Parlement. Il a regretté que le vote historique qui était prévu samedi sur son accord de divorce avec Bruxelles soit désormais" «vidé de son sens».

Plus tôt dans la journée, il avait enjoint aux députés d'adopter sans délai l'accord de Brexit conclu entre Londres et Bruxelles. L'accord de Brexit est une «nouvelle manière d'aller de l'avant» pour le Royaume-Uni et l'UE, a plaidé le Premier ministre britannique dans une ambiance électrique à la Chambre des communes, réunie pour la première fois un samedi depuis la guerre des Malouines il y a 37 ans.

Arguant que l'accord était «la meilleure solution possible», il a indiqué que le texte permettrait de réunir à nouveau le pays, très divisé sur le Brexit depuis son vote par référendum en 2016. «Adoptons un accord qui puisse guérir ce pays», a-t-il lancé.

Arraché in extremis

Arraché in extremis à l'issue de négociations laborieuses, ce nouvel accord est censé régler les conditions du divorce après 46 ans de vie commune, permettant une sortie en douceur assortie d'une période de transition courant au moins jusqu'à fin 2020.

Le but de cet amendement est, d'une part, d'éviter une absence d'accord, un «no deal» au cas où les députés n'auraient pas le temps de traduire l'accord dans la loi d'ici au 31 octobre. Il vise d'autre part à éviter un coup bas des partisans d'un Brexit dur, qui pourraient être tentés d'approuver l'accord samedi, avant de saboter la loi d'application.

La perspective d'un Brexit sans accord est redouté des milieux économiques, car il pourrait entraîner selon les prévisions du gouvernement lui-même des pénuries de denrées alimentaires, d'essence ou encore de médicaments.

Opposition nord-irlandaise

Boris Johnson a déployé tous ses efforts ces derniers jours pour convaincre les députés. Ses arguments semblent avoir fait mouche auprès des Brexiters les plus durs de son Parti conservateur. L'un de leurs chefs de file, Steve Baker, a indiqué samedi qu'ils voteraient en faveur de sa proposition.

En revanche, les partis d'opposition ont opposé une fin de non-recevoir. Jeremy Corbyn, leader des travaillistes, a estimé que le gouvernement n'était «pas digne de confiance» tandis que Jo Swinson (libéraux-démocrates) a affirmé que l'accord fragiliserait les droits des travailleurs et endommagerait l'économie britannique.

Cela coince auprès des unionistes nord-irlandais du DUP, pourtant alliés de Boris Johnson à Westminster, pour qui le texte octroie un statut différent à l'Irlande du Nord, inacceptable pour eux. «Ce doit être le Brexit pour tout le Royaume-Uni», a insisté leur chef de file, le député Nigel Dodds.

La rue s'exprime aussi

Si le Parlement est divisé, la société britannique l'est aussi. Alors que les débats battent leur plein pour régler les conditions du divorce, une manifestation anti-Brexit est prévue devant Westminster pour pousser à la tenue d'un second référendum.

La décision des députés sera aussi scrutée outre-Manche. Plusieurs dirigeants européens leur ont enjoint d'approuver l'accord, pour pouvoir passer à la phase suivante des négociations, celle qui déterminera la future relation entre l'UE et le Royaume-Uni.

L'accord de Boris Johnson est censé résoudre la quadrature du cercle de la frontière irlandaise, sur laquelle avait buté le processus jusqu'à présent. L'objectif est d'éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord britannique et la république d'Irlande, membre de l'UE, pour préserver la paix sur l'île.

Pour cela, il maintient sur le papier l'Irlande du Nord dans le territoire douanier britannique mais prévoit un régime spécial pour les marchandises arrivant dans la province britannique, selon que celles-ci sont destinées à y rester ou à passer dans le marché unique européen.

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