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Le Premier ministre français Manuel Valls, à droite, et le ministre de la Justice français Jean-Jacques Urvoas, à gauche, à l'Assemblée nationale, à Paris, le 8 Février 2016.
© JACQUES DEMARTHON

France

Ces députés français qui boudent leur Constitution

Votée lundi par une Assemblée nationale aux trois quarts vide, l’inscription de l’état d’urgence dans la Constitution n’était certes qu’une première étape. Mais qui, à l’évidence, n’intéresse guère les parlementaires français

La présentation du projet de réforme constitutionnelle, vendredi matin, par le premier ministre Manuel Valls, avait donné un avant-goût du débat à l’Assemblée nationale. Un hémicycle déjà très clairsemé, surtout dans les rangs de l’opposition de droite. Des interruptions énervées, à plusieurs reprises, du long discours baroque de l’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot, devenue l’opposante numéro un à ce projet dans les rangs de la gauche.

On sentait bien que ce débat constitutionnel lancé par François Hollande dans la foulée des attentats du 13 novembre n’intéressait guère. Une impression plus que confirmée lundi par le vote de son premier article par une Assemblée aux trois-quarts vide.

Rappelons l’enjeu dans cette France où la classe politique adore, dans ces temps troublés post-attentats, chanter la Marseillaise et la faire entonner en public, faire l’éloge de la nation, et appeler à la rescousse les grandes figures de la République à chacune de ses propositions: le projet de réforme de la loi fondamentale vise, ni plus ni moins, à délimiter le périmètre d’un futur «état d’urgence constitutionnel», qui ne soit pas «l’état de siège» actuellement décrit par l’article 16, et dont la conséquence est de transférer le pouvoir aux autorités militaires.

«Vichy, ce n’était pas la République!»

Il s’agit donc de se pencher, très sérieusement, sur ce que devient la République française, et ses lois, en cas de crise majeure. Il s’agit aussi de dire si l’état d’urgence actuelle, décrété par François Hollande dans la nuit du 13 novembre puis voté pour trois mois (il s’achève le 26 février et devrait être prorogé à l’issue d’un nouveau vote), n’est pas suffisant, malgré les pouvoirs d’exception qu’ils confèrent aux forces de l’ordre. Bref, il est question de sécurité, de continuité de l’Etat, d’encadrement des mesures d’urgence mais aussi d’histoire comme l’a fait remarquer sous les huées Cécile Duflot, en évoquant la parenthèse noire de Vichy sous l’occupation. En s’attirant aussitôt cette réplique du premier ministre: «Vichy, ce n’était pas la République!». Fermez le ban.

Or voilà que l’arithmétique parlementaire apporte la réponse. 103 voix pour et 26 contre l’inscription de l’état d’urgence dans la constitution hier soir à 22h15, alors que l’hémicycle compte 577 parlementaires. Soit, pour le camp du oui, moins d’un tiers des 287 députés socialistes et apparentés qui forment la majorité! Même ceux-là donc, ne sont pas allés voter alors que beaucoup d’entre eux se poussent ces jours-ci le col dans les médias en vue du remaniement gouvernemental annoncé cette semaine. Et 26 voix seulement à droite, alors que le groupe des «Républicains» de Nicolas Sarkozy compte 196 élus et apparentés!

François Fillon bataille seul

Le sujet, pourtant, captive les ténors de la droite. Le titre du dernier livre du candidat déclaré à la présidence – et favori des sondages – Alain Juppé? «Pour un Etat fort» (Ed. Lattes). Celui de Nicolas Sarkozy? «La France pour la vie» (Ed. Plon). Les intéressés, qui ne sont pas parlementaires, devraient donc, pense-t-on, inciter leurs troupes à débattre ferme de la révision constitutionnelle. Et bien non! Seul François Fillon bataille seul, opposé à cette réforme qu’il juge inutile. Remarque a priori assez judicieuse.

La réponse officielle est connue. L’examen du texte par l’Assemblée, où son article 2 sur la déchéance de nationalité si controversée sera discuté ce mardi, n’est que le début du processus. Le projet devra être ensuite discuté et voté au Sénat dans les mêmes termes, pour permettre la réunion du Parlement réuni en congrès. A moins que François Hollande n’opte in fine pour un référendum.

«Camouflet démocratique»

Mais quand même. L’on voit mal comment les électeurs, auxquels ces députés français qui boudent leur propre Constitution font sans cesse des leçons de morale républicaine, peuvent être convaincus par ce «camouflet démocratique», comme l’écrit le quotidien de gauche Libération, alors que parallèlement, l’ancien ministre «menteur» du budget Jérôme Cahuzac est traduit en justice.

On se souvient aussi, à titre d’anecdote, que l’actuel président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, aujourd’hui au «perchoir», n’a pas craint de démissionner de son poste de conseiller régional d’île de France sitôt élu, après avoir fait campagne pour la présidence de la région et été battu en décembre. Bel exemple d’engagement là encore.

D’où la question que tout le monde se pose depuis le début: Pourquoi avoir enclenché un tel débat sur la loi fondamentale quand tant d’autres priorités sociales et économiques s’imposent? Vu depuis les tribunes de presse de l’Assemblée nationale, le miroir de la politique hexagonale apparaît décidément, ces temps-ci, de plus en plus déformant et déformé.

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