Hexagone Express

Députés français: soif de pouvoir et cour d’école

Les 577 députés français élus le 18 juin dernier entament cette semaine leur première session de la législature. Et si le renouvellement de la vie politique hexagonale les conduisait, enfin, à se comporter autrement?

Ce qui se trame dans les allées françaises du pouvoir exécutif est en permanence scruté par les médias hexagonaux. Pas une nomination décidée à l’Elysée, pas une rumeur alimentée de Matignon sans qu’aussitôt enquêteurs et journalistes politiques dissèquent le pourquoi et le comment de ce tandem inédit, hors des partis traditionnels, formé par Emmanuel Macron et son premier ministre Edouard Philippe.

C’est peut-être ailleurs, pourtant, que va se jouer la trame de ce quinquennat décidément pas comme les autres: dans les couloirs de l’Assemblée nationale, où le dégagisme à la mode La République en marche a (presque) tout emporté sur son passage au soir du 18 juin dernier. Mardi, une majorité de députés a choisi d’expédier au perchoir – soit la présidence de la Chambre basse – l’ancien candidat à la primaire du PS François de Rugy. Le quatuor de l’Etat français est donc désormais au complet. Macron présidera. Philippe appliquera. Le président du Sénat Gérard Larcher, second personnage de la République, discutera et cherchera à faire exister sa Chambre haute si souvent remise en cause. Et de Rugy? Sera-t-il le chef d’orchestre d’une Assemblée condamnée à dire oui? Ou saura-t-il profiter de ce moment politique pour réhabiliter, enfin, le pouvoir législatif dans un pays tellement présidentiel?

Combines et gamineries

La réponse est fournie, en partie, par le savoureux livre d’Hélène Bekmezian*. Ex-responsable de la rubrique parlementaire au Monde, cette journaliste incisive et résolue – elle a signé avec d’autres collègues femmes plusieurs mises en garde sévères contre le machisme déplacé en politique – y raconte par le menu le quinquennat Hollande vu de l’hémicycle. Prêts? Alors lisez plutôt. Les députés? «La majorité d’entre eux, même mus par un vrai souci de l’intérêt général, finira toujours par oublier la vraie vie des gens.» Les lobbies? «Pour aider les entreprises à influencer les élus, tel cabinet prend 5000 euros pour une «analyse juridique» et «la rédaction et dépôt d’amendements, plus le suivi des débats.» Le vote des projets ou propositions de lois? «Cela peut aller vite, très vite. Les premières fois, cela surprend et il y a souvent des ratés […]. Il arrive donc régulièrement que certains élus se trompent, soit parce qu’ils déboulent en retard et se jettent sur leurs pupitres en appuyant à l’aveuglette, soit parce qu’ils ont mal compris l’objet du vote…»

Hélène Bekmezian, qui ne suit plus le parlement pour le quotidien français du soir, a le regard acéré d’une déçue du pouvoir législatif. «Des combines et des gamineries, oui, il y en a», explique-t-elle, après avoir étrillé les dérives dans l’utilisation de la fameuse réserve parlementaire qui permet jusque-là aux députés de rémunérer s’ils le veulent femmes et enfants (le premier texte du quinquennat Macron promet d’y mettre fin). «Mais celles-ci sont la conséquence d’une infantilisation des parlementaires qui, pour beaucoup et quoi qu’on en dise, essaient encore de défendre des convictions et de donner la parole aux électeurs.» A quoi ressemblent-ils, ces élus, dans une Ve République gaullienne tout entière conçue pour les marginaliser et les faire marcher au pas? «A des enfants délaissés qui, dans la cour de récré, cherchent à se donner plus d’importance qu’ils n’en ont vraiment ou multiplient les bêtises pour qu’on fasse attention à eux.»

Affronter le président

Toute la question est dès lors de savoir si le séisme Macron va aussi ébranler cette pratique du pouvoir hexagonal. Imaginez une Assemblée nationale redevenue capable d’affronter le président, non en raison de règlements de comptes internes aux partis (ce qui fut le cas des «frondeurs» socialistes vis-à-vis de François Hollande), mais pour réclamer un meilleur équilibre des rôles et une meilleure représentativité de la nation. Plus jeunes, souvent issus de la société civile, connectés au monde de l’entreprise, les nouveaux députés «marcheurs» ont promis de le faire durant la campagne. Là aussi, l’émergence d’une nouvelle pratique républicaine se jugera aux actes. Bonnes vacances!

*A lire: «J’irai dormir à l’Assemblée» d’Hélène Bekmezian (Ed. Grasset)

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