Après le raz-de-marée politique pro-Macron, l’heure des vagues? Alors que le président français fait face depuis deux semaines à un mécontentement public croissant – bras de fer budgétaire avec l’armée, grogne sociale engendrée par l’annonce d’une baisse des allocations logement, etc. – sa majorité parlementaire traverse, elle aussi, une première épreuve de vérité. Objet: le projet de loi sur la moralisation de la vie politique que l’ancien ministre de la Justice François Bayrou (démissionnaire du gouvernement à la fin juin en raison des ennuis judiciaires de son parti, Modem, et remplacé par la juriste Nicole Belloubet) avait porté sur les fonts baptismaux.

Dès l’ouverture des débats qui devraient s’achever par un vote à l’Assemblée nationale vendredi, deux des mesures les plus radicales proposées par l’exécutif ont donné lieu à une foire d’empoigne et à des divisions au sein des 308 députés de La République en marche, le mouvement présidentiel. La première mesure est la suppression promise de la réserve parlementaire et des enveloppes qui permettaient aux élus d’employer éventuellement des membres de leur famille, et de dépenser les sommes allouées sans justificatifs. Ce changement majeur paraît acquis, mais a entraîné une «bronca» d’élus inquiets de voir leurs moyens diminuer. Second sujet: la nécessité pour les élus d’avoir un casier judiciaire vierge, qui pourrait ne pas être maintenue dans le projet de loi final pour cause de possible inconstitutionnalité.

Inexpérience des nouveaux députés

En cause dans les deux cas: le mélange d’inexpérience des nouveaux députés, et les velléités de l’exécutif d’avancer vite. «Le fait de ne pas exiger un casier judiciaire vierge est incompréhensible pour le public. C’est une erreur. Il fallait prendre le risque», juge l’ancien député socialiste René Dosière, spécialiste du financement de la vie politique. Du côté de l’actuelle majorité, le député des Français de Suisse, Joachim Son-Forget, auteur d’un amendement sur les prérogatives du «déontologue» de l’Assemblée, explique ces virages: «La preuve est faite que nous avons renouvelé la pratique de la politique, explique-t-il au Temps. Nous ne sommes plus dans l’entre-soi des technocrates. Les nouveaux élus posent des questions, apprennent le métier, découvrent les procédures. Cela peut faire amateur, mais c’est la preuve de notre ouverture sur la société civile.»

La réalité? «Le pouvoir exécutif veut aller vite. Trop vite, juge René Dosière. Une réforme comme celle-ci ne vaut que si elle est perçue comme réussie et crédible.» Avec une question pour les députés pro-Macron surchargés de projets clés en ce début de législature (dont celui sur la réforme du marché du travail, puis le projet de loi de finances à l’automne): comment distinguer les nécessités législatives des opérations de communication instillées par l’Elysée?