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La dernière mort de l’oligarque Boris Berezovski

Après son enrichissement douteux, l’homme avait connu déboires sur déboires. Si le Kremlin adorait le détester, il avait perdu son statut de principal ennemi de Vladimir Poutine

Déprimé, vaincu, malade, endetté, pris de remords, il se serait suicidé samedi dans sa résidence d’Ascot, d’après plusieurs proches. Archétype de l’oligarque russe, Boris Berezovski, 67 ans, disparaît après une série de revers judiciaires et financiers. Contraint à l’exil depuis 2000, il avait progressivement perdu son influence et son statut d’ennemi public numéro un du Kremlin.

Une enquête a toutefois été ouverte par la police britannique pour établir les causes exactes de sa mort, alors que plusieurs opposants au Kremlin sont morts dans des circonstances suspectes ces dernières années, dont son ancien associé Alexander Litvinenko, empoisonné au polonium 210 en 2006. Des spécialistes en toxicologie et en radiologie procèdent à des analyses, et le résultat définitif de l’enquête pourrait ne pas être connu avant plusieurs jours, a indiqué la police britannique.

De loin l’oligarque le plus riche et le plus influent dans la Russie chaotique des années 90, Boris Berezovski avait été l’artisan principal de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000. Les deux hommes furent proches pendant plusieurs années, se rendant mutuellement service.

Mais, dès son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine s’empresse de se débarrasser d’une tutelle encombrante. Un conflit contraint Boris Berezovski à se réfugier à Londres, où il obtient le statut de réfugié politique. Il perd rapidement l’essentiel de sa fortune, redistribuée entre le Kremlin et d’autres oligarques. Depuis, Boris Berezovski n’avait cessé d’orchestrer des attaques médiatiques contre Vladimir Poutine et ses alliés.

Mais ces dernières batailles se sont achevées dans la déroute. L’année dernière, il s’était lancé dans une épique bataille judiciaire contre Roman Abramovitch, ancien associé, multimilliardaire et proche de Vladimir Poutine. Au final, Boris Berezovski n’a pu convaincre la justice britannique que Roman Abramovitch lui avait subtilisé pour 5 milliards d’actifs, et s’est retrouvé forcé de payer l’ensemble des coûts liés au procès. Soit une somme faramineuse, estimée autour de 250 millions de dollars.

Dans la foulée, une ancienne petite amie, Elena Gorbounova, lui réclamait 8 millions de dollars suite à la vente d’une propriété que le couple possédait en Angleterre. Une juge britannique a ordonné le gel des principaux avoirs de l’ancien milliardaire. En 2011, le jugement de divorce avec sa seconde épouse, Galina Becharova, lui aurait coûté entre 260 et 360 millions de dollars.

Selon le journaliste Alexeï ­Venediktov, qui connaissait l’homme d’affaires depuis de nombreuses années, Boris Bere­zov­ski avait été victime de «plusieurs infarctus ces deux dernières semaines». En outre, «il souffrait de dépression sévère et se faisait soigner en Israël».

Boris Berezovski avait récemment ouvert un compte sur Facebook pour y poster le 26 février dernier une lettre de repentance à tonalité religieuse. Il y demande pardon au peuple russe pour sa cupidité et son arrogance, et donne un dernier coup de griffe au président. «Je me repens et demande pardon [au peuple russe] d’avoir amené Vladimir Poutine au pouvoir. De n’avoir pas vu en lui – alors que c’était de mon devoir – le futur tyran hautain et l’usurpateur, qui a piétiné la liberté et stoppé le développement de la Russie.»

L’oligarque était l’une des personnalités les plus haïes en Russie. Son enrichissement douteux au début des années 90, son influence démesurée sur l’ancien président Boris Eltsine et son mode de vie extravagant contrastaient brutalement avec la chute du niveau de vie des Russes après la disparition de l’URSS.

Pressé de prouver son indépendance et son autorité, Vladimir Poutine a tout au long des années 2000 utilisé – par l’intermédiaire des médias du Kremlin – Boris Berezovski pour en faire le principal bouc émissaire des maux du pays. Tout était bon pour parvenir à cet objectif: des problèmes économiques au terrorisme tchétchène en passant par les ingérences étrangères dans la politique domestique, le spectre de Berezovski était systématiquement agité comme un épouvantail par les médias les plus proches du pouvoir.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a indiqué dimanche que le président était au courant de la mort de l’ancien oligarque, mais que sa réaction n’était pas connue. Selon Dmitri Peskov, Boris Berezovski a envoyé «il y a quelques mois» une lettre à Vladimir Poutine. Pour «lui demander pardon» et «demander l’autorisation de rentrer en Russie».

Quoi qu’il en soit, avec cette disparition, le Kremlin se trouve brusquement privé à la fois d’un ennemi qu’il adorait détester et d’un bouc émissaire qui s’est souvent révélé bien pratique.

Son enrichissement douteux en avait fait l’un des hommes les plus détestés de Russie

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