Les troupes américaines, à l’exception d’une poignée d’instructeurs, seront parties à la fin décembre, mais l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad deviendra la plus grande au monde avec 16’000 personnes.

Selon Ali al-Saffar, spécialiste de l’Irak à l’Economist Intelligence Unit de Londres, les deux pays resteront «assez proches comme c’est le cas entre les Etats-Unis et la plupart des pays de la région».

«Les Irakiens comprennent qu’ils auront besoin des compagnies américaines et qu’il y aura probablement d’importantes relations commerciales notamment dans le domaine pétrolier et pour les contrats d’armement», précise-t-il.

«Un gros lot»

Le Bureau en charge de la coopération pour la sécurité en Irak (OSCI) comptera 157 militaires et 763 contractuels civils américains qui entraîneront les forces irakiennes sur les matériels américains achetés.

«Bien sûr, avec le retrait militaire, les Etats-Unis auront moins d’influence, mais je crois que les autorités irakiennes sont plus aptes qu’autrefois à maintenir leur cap tant vis à-vis des Américains que des pays de la région», assure M. Saffar.

«Ceci dit, il y aura en permanence des tentatives, notamment de l’Arabie saoudite et de l’Iran d’influer sur les décisions de l’Irak. Chaque pays essaiera d’accroître son influence. L’Irak est un gros lot dans la région et celui qui met la main sur ce pays décroche la timbale», note l’expert.

«Mais il ne faut pas ignorer la forte identité irakienne et le fait qu’il existera une forte résistance de la population à l’immixtion de puissances régionales comme par exemple l’Iran, l’Arabie saoudite ou la Turquie», explique-t-il.

«Interférence»

A moins que reprenne la guerre confessionnelle entre chiites et sunnites comme en 2006 et 2007. «Ceci ouvrira un large espace pour l’interférence des puissances régionales, principalement l’Arabie saoudite et l’Iran», selon lui.

Pour Joost Hiltermann, directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’International Crisis Group, les liens demeureront forts «dans le futur immédiat» avec les achats de matériels militaires américains par l’Irak, la participation «durant un certain temps» des Etats-Unis à la formation de la police irakienne et d’autres volets de la coopération bilatérale.

«Le plus important, c’est que l’Irak considèrera les Etats-Unis comme un partenaire et non plus comme un occupant et insistera pour des clauses avantageuses d’autant que Washington a besoin de l’Irak face à l’Iran», souligne M. Hiltermann.

Ankara et Téhéran

Pour lui, «la Turquie et l’Iran sont les principaux concurrents régionaux. Le premier investit énormément dans le pays et le second renforce ses relations sécuritaires et encourage le commerce et le tourisme (religieux chiite) transfrontaliers. Il y a de la place pour les deux».

Mais John Drake, un analyste d’AKE, une compagnie de sécurité basée en Grande-Bretagne, est plus circonspect. «Les rapports de l’Irak avec ses voisins vont changer. Et si l’Irak s’aligne sur des pays opposés à l’influence américaine dans la région, comme l’Iran, cela peut avoir un impact sur les relations avec les Etats-Unis».

Pour lui, «le vide laissé par le retrait américain sera rempli par beaucoup d’acteurs, depuis des compagnies privées d’Europe et d’Asie ayant leurs propres objectifs commerciaux jusqu’à des Etats étrangers», ajoute M. Drake.

«Les voisins essayeront d’intervenir pour éviter que le pays ne devienne une menace potentielle pour eux. On peut craindre que le jeu d’influence se répercute sur le pays, par le financement de certains groupes irakiens (milices armées) ce qui pourrait créer un conflit par procuration» en Irak, dit-il.