La colère sourde qui grondait au sein d’une population meurtrie dans sa chair par la double explosion du port de Beyrouth mardi a fini par éclater ce week-end. Des manifestations baptisées «Le jour du jugement» ont attiré des milliers de Libanais sur la place des Martyrs. Très vite, les violences ont éclaté autour du Parlement barricadé depuis des mois par de larges murs de bétons, des barbelés et des panneaux métalliques, entre contestataires qui balançaient pierres et pavés récupérés sur la chaussée et forces de l’ordre qui les ont arrosés de gaz lacrymogènes. Mais c’est le coup de force réalisé par des retraités de l’armée qui a surpris.

Une sorte de coup d'Etat

Se plaçant à la tête d’un groupe d’environ 200 manifestants, ces anciens se sont emparés du siège du Ministère des affaires étrangères, devenu pour quelques heures nouveau «quartier général de la Révolution». Sur des banderoles déployées le long de la façade endommagée par les explosions figurait une formule, «Beyrouth, ville sans armes» en référence au slogan du Hezbollah. Ce qui fait dire à Pierre Abi Saab, directeur adjoint de la rédaction du quotidien al-Akhbar, réputé proche du camp chiite, qu’il s’agissait d’une «mise en scène très réglée, même si la rue est en colère, et à juste titre, on a dirigé la manifestation dans une autre direction. Certaines parties se servent des Libanais en colère pour reprendre le pouvoir. C’est une sorte de coup d’Etat.»