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«Derrière les drogués, il y a nos morts»

Une caravane pour la paix a entamé une traversée des Etats-Unis pour dénoncer la responsabilité américaine dans la violence liée à la lutte contre le narco-trafic qui gangrène le Mexique. Ses participants demandent un changement radical de stratégie

Et si la violence mexicaine trouvait ses racines aux Etats-Unis? C’est l’accusation de la Caravane pour la paix partie le 12 août de San Diego, en Californie, et qui s’apprête à parcourir plus de 9000 km vers Washington pour asséner deux réalités: le voisin du nord est le premier consommateur des drogues mexicaines et le premier exportateur des armes utilisées par les cartels.

La caravane, qui rassemble des centaines d’associations et des familles de victimes de la guerre contre le narcotrafic, a été lancée par le Mouvement pour la paix avec justice et dignité. «Nous transportons un rêve, déclare son dirigeant, le poète Javier Sicilia, dont le fils a été assassiné en mars 2011. Le rêve qu’un jour plus personne ne soit tué, enlevé, méprisé, assiégé à cause des armes, de la drogue ou de l’abus de pouvoir.» Depuis le lancement de sa guerre contre les cartels de la drogue en 2006 par le président Felipe Calderon, près de 70 000 personnes ont été tuées au Mexique, selon Javier Sicilia, plus de 20 000 ont disparu et 250 000 ont été déplacées.

«La mort de mon fils entre dans le contexte de cette guerre dont la stratégie a été de militariser le pays et de frapper les têtes des cartels, dénonce le poète. Ça a entraîné une division de ces derniers et une augmentation de la violence.» Au lendemain de la perte de son fils, Javier Sicilia hurle sa douleur et sa colère et entame sa première caravane à travers le Mexique. Au cri de ya basta! («ras-le-bol»), il met dos à dos criminels et politiques. Dénonçant la barbarie des uns et la corruption et l’inefficacité des autres. Pendant des semaines, des milliers de victimes prennent le micro et racontent, souvent pour la première fois, la disparition d’un frère, la mort d’un enfant. Une litanie de l’horreur qui s’approche de la catharsis collective. «On est parvenu à rendre visible l’horreur de la guerre, dit Javier Sicilia. On a réussi à ce que, dans la conscience publique, les victimes ne soient plus des chiffres mais des êtres humains.»

Prise de conscience

Extrêmement critique vis-à-vis de la stratégie du président Calderon, le Mouvement pour la paix avec justice et dignité dénonce le show de cette guerre qui ne s’attaque pas au blanchiment d’argent et demande le retour des militaires dans leurs casernes. Et il n’épargne pas les Etats-Unis. «Ils ont une grande part de responsabilité, constate Javier Sicilia. Derrière leurs consommateurs de drogue, il y a nos morts.» Le mouvement souhaite une prise de conscience et exige un changement complet de politique. A commencer par une légalisation des drogues et un contrôle de la vente d’armes. «Il faut traiter les drogues comme un problème économique, social et de santé publique et non plus comme un thème de sécurité nationale. Il faut investir dans des programmes sociaux pour reconstruire le tissu social. Il faut stopper cette stratégie centrée sur la violence avant qu’elle ne mette en danger notre démocratie.»

Les armes américaines, quant à elles, alimentent tant l’armée mexicaine, via le plan Merida, que les cartels qui leur font traverser illégalement la frontière. «On est dans une véritable logique économique de guerre. » En pleine campagne électorale pour la présidence et alors que la vente libre des armes et la migration latino-américaine sont deux sujets clés, la Caravane de la paix, qui demande aussi la mise en place d’une politique migratoire humaine, espère imposer son agenda. Et rencontrer Barack Obama lors de son arrivée à Washington le 12 septembre prochain.

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