Espagne

Le désarmement de l'ETA, antichambre à sa dissolution

L’organisation indépendantiste basque avait été créée en 1959. 829 morts plus tard, la question de son auto-dissolution est désormais posée

Créée en 1959, nourrie par la lutte contre le franquisme, un nationalisme racial issu de la fin du XIXe siècle et les mouvements de libération nationale des années 1960, l’organisation ETA est désormais «totalement désarmée». Tel est le verdict de Ram Manikkalingam, le porte-parole de la Comission internationale de vérification, et de 172 observateurs, dont des élus des Pyrénées-Atlantiques.

C’est d’ailleurs dans plusieurs localités de ce département du sud-ouest de la France que, via un collectif nationaliste appelé «Les artisans de la paix» dirigé par Jean-Noël Etcheverry, l’emplacement de huit caches d’armes a été révélé aux autorités françaises. Il a ainsi pu être mis au jour ce qu’il reste de l’arsenal d’une organisation terroriste qui, en presque un demi-siècle, a assassiné 829 personnes et semé la terreur en Euskadi, le Pays basque espagnol: 118 armes, 2,8 tonnes d’explosifs et des milliers de munitions.

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La violence meurtrière de l’ETA n’avait plus aucun sens, elle gênait même notre mouvement

Sur place, cette mise en scène a eu un effet considérable. «C’est un pas très important, ayant une valeur historique. Toutes ces armes qui ont servi, ou qui allaient servir, à commettre des attentats sont passées du domaine de la clandestinité à la légalité», a déclaré, enthousiaste, le nationaliste modéré Iñigo Urkullu, le chef de l’exécutif régional basque.

Même dans le camp des séparatistes radicaux, celui qui historiquement a constitué la base sociale des pistoleros basques, on ne cachait pas sa satisfaction: «La violence meurtrière de l’ETA n’avait plus aucun sens, elle gênait même notre mouvement», a lâché Arnaldo Otegi, 58 ans, l’indiscutable leader des indépendantistes radicaux, qui, par le passé, justifiait cependant les attentats au nom de «la liberté du peuple basque». En octobre 2011, l’organisation terroriste avait déjà annoncé un «cessez-le-feu définitif et inconditionnel». Mais ce n’était pas considéré comme suffisant: tout le monde ou presque, depuis lors, réclamait le désarmement.

Indifférence du gouvernement espagnol

L’importance accordée à l’événement contraste avec l’indifférence irritée du gouvernement espagnol et des associations de victimes du terrorisme. Aux yeux du chef de l’exécutif, Mariano Rajoy, cette reddition n’est que la «conséquence» du travail de sape des forces de l’ordre, et ne traduit en aucun cas «le moindre mérite des terroristes». A Madrid, comme dans l’ensemble des forces politiques, on attend impatiemment la prochaine étape: l’auto-dissolution pure et simple de l’ETA.

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«Certes, il lui faudra un certain temps, l’organisation prend ses décisions lentement, commente l’analyste Luis Aizpeolea. Il n’est pas facile pour un mouvement qui a tant pesé sur le cours des choses, sur la politique d’un pays, d’accepter de disparaître du jour au lendemain. Mais les dirigeants de ce mouvement anachronique, moribond, désormais dépourvu de raison d’être, n’ont plus le choix. Espérons tous que cette dissolution survienne très bientôt.»

L’exemple catalan

La mise en scène du désarmement a donné des ailes aux séparatistes radicaux qui, la paix des armes étant acquise, rêvent de suivre l’exemple – pacifique – des séparatistes catalans, lesquels ont annoncé un référendum d’auto-détermination d’ici à septembre. «Nous exigeons maintenant le départ des forces de l’ordre espagnoles du Pays basque et l’amélioration de la situation de nos prisonniers», a clamé Arnaldo Otegi. De l’avis général, jamais la première revendication ne sera prise en compte par Madrid. Quant à la question des 396 détenus (309 en Espagne, 86 en France et un au Portugal), elle est plus que jamais centrale. Mais, après des décennies d’attentats, le gouvernement espagnol n’est guère disposé à négocier.

«L’ETA n’a pas atteint un seul de ses objectifs, précise Luis Aizpeolea. Elle a tué 829 personnes pour rien.» Il est à prévoir que Madrid acceptera de rapprocher les détenus vers Euskadi, voire de libérer les prisonniers souffrant de maladies terminales. Mais pas avant que l’organisation indépendantiste n’annonce son auto-dissolution. Une nouvelle fois, la balle est dans le camp de l’ETA.

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