Europe

Le désarroi européen face à la propagande russe

Le parlement européen veut renforcer la lutte contre les «fausses informations» du Kremlin qui fragiliseraient les démocraties

Chaque jour, le compte Twitter @EuvsDisinfo livre une ou deux analyses pour débusquer la «désinformation pro-Kremlin» ou dénoncer les «fausses histoires» qui profitent aux intérêts politiques russes. Vendredi 25 novembre, par exemple, le site épinglait le racisme envers Barack Obama d’un célèbre présentateur de la télévision russe, Dmitry Kiselev, par ailleurs directeur du site d’information Sputnik soutenu par le pouvoir.

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L’impact de cette «revue de la désinformation», avec 10 600 inscrits, paraît bien dérisoire face à la puissance des médias d’Etat russes mis en cause. C’est pourtant l’un des outils de la «communication stratégique», une task force créée en 2015 et placée sous la supervision de la Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, qui doit faire barrage aux discours anti-européens de Moscou.

Loin de faire l’unanimité

C’est pour renforcer ce type d’initiative que le Parlement européen a voté en milieu de semaine une résolution fustigeant la propagande russe mise sur le même pied que la propagande des organisations jihadistes de l’Etat islamique et al-Qaida. «La propagande hostile contre l’UE et ses Etats membres vise à dénaturer la vérité, à provoquer le doute, à diviser l’Union et ses partenaires nord-américains, à paralyser le processus décisionnel et à susciter la peur et l’incertitude parmi les citoyens», explique le texte rédigé par la députée conservatrice polonaise Anna Fotyga.

Loin de faire l’unanimité, la résolution a été soutenue par 304 voix (essentiellement le camp conservateur, les libéraux et les Verts), contre 179 opposants (l’extrême droite et l’extrême gauche et des voix éparses) et 208 abstentions (des sociaux-démocrates en majorité). Un vote qui donne une image assez précise de la relation des Européens à la Russie. Les députés français se sont par exemple opposés ou abstenus. Un député grec, cité Russia Today, l’une des cibles du Parlement européen, explique que les représentants de l’est de l’Europe ont en majorité soutenu le texte contrairement à ceux du sud.

Angela Merkel contre les trolls

Cette initiative intervient dans un contexte électoral qui voit le succès de leaders populistes avec notamment la victoire du Brexit au Royaume-Uni et celle de Donald Trump aux Etats-Unis. Des personnalités ou des causes à chaque fois soutenues par les médias du Kremlin. De quoi s’interroger sur leur influence, en particulier sur les réseaux sociaux, qui participe du discrédit des médias traditionnels.

«Nous avons aujourd’hui beaucoup de gens qui consultent des médias qui sont basés sur des règles bien différentes» des critères journalistiques en vigueur jusqu’à récemment, expliquait mercredi à Berlin Angela Merkel. Devant son parlement, la chancelière allemande faisait elle aussi le lien entre montée du populisme et l’apparition de «faux sites, les intelligences artificielles, les trolls et les choses qui se génèrent par elles-mêmes» et influencent l’opinion publique sans se référer directement à la Russie.

Sputnik en appelle à l’ONU

L'«affaire Lisa», du nom d’une jeune allemande de 13 ans d’origine russe qui avait accusé de viol trois immigrés avant qu’on ne découvre qu’elle avait menti et dont l’histoire avait été montée en épingle par Russia Today et Sputnik en début d’année, a particulièrement choqué les Allemands. Moscou, dénonçait alors Berlin, cherchait à instrumentaliser les peurs pour discréditer la politique d’accueil d’Angela Merkel en difficulté à la veille d’élections régionales. Le Kremlin, rappelait-on alors, finance ou soutien de nombreuses formations d’extrême droite dont l’AfD en Allemagne et le Front national en France.

Le président russe Vladimir Poutine a ironisé sur une résolution qui attesterait d'«une évidente dégradation de la notion de démocratie dans la société occidentale» tout en félicitant les journalistes russes d'«avoir fait avec efficacité et talent leur travail». L’agence Sputnik a pour sa part annoncé vouloir saisir les instances de l’ONU, de l’OSCE ou des ONG pour protester contre une atteinte à la liberté d’expression en Europe.

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