Le Temps: Comment expliquez-vous un assaut aussi meurtrier? Tewfick Aclimandos: Le désastre était inéluctable: les Frères ont opté pour la stratégie du pire et ont résumé leur choix à deux options: mourir en prison, ou en martyr.

– Les forces armées ont chargé.N’y avait-il pas d’autres options? – Les services de sécurité égyptiens nourrissent une haine des Frères musulmans et la police égyptienne s’est toujours montrée incapable de gérer les manifestations de manière pacifique. Toutefois, les Frères ne sont pas des manifestants pacifistes et il y avait parmi eux de nombreux hommes armés. L’attaque des églises coptes et des commissariats montre qu’ils étaient prêts à passer à un plan B défensif.

– Pourquoi les médiations privilégiées par les diplomaties étrangères ont-elles échoué?

– Certains, au sein du gouvernement au pouvoir, plaidaient en faveur de la discussion. Mais la position des Frères a fini par rendre toute solution politique impossible. Les médiations, finalement, n’ont eu pour effet que de discréditer les Etats-Unis, qui ont donné l’impression de vouloir sauver le pouvoir islamiste dont la population ne veut plus.

– Pourquoi les révolutionnaires se sont-ils rangés aux côtés de l’armée?

– A cause du bilan catastrophique des Frères, qui ont tenté de mettre en place un régime fasciste. C’est comme si en France, Le Pen avait remporté la présidentielle, puis s’était aliéné Paris en confisquant le pouvoir.

– Comment réagissent-ilsà présent face au carnage?

– Les positions oscillent énormément entre ceux qui sont en faveur d’un appui à l’armée pour lutter contre les Frères jusqu’au bout et ceux qui appellent à protester contre la violence des militaires. D’autres se disent en faveur d’une troisième voie. Enfin, certains décident de rester chez eux.

– Après la démission de Mohamed ElBaradei, la coalition au pouvoir est-elle au bord de l’implosion?

– La démission du vice-président renforce les Frères musulmans et affaiblit la coalition au pouvoir. S’il pensait qu’il était en mesure d’empêcher l’escalade de la violence, il s’est trompé. L’impact de sa décision dépendra de la réaction des révolutionnaires: s’ils le soutiennent, les divisions pourraient se creuser.

– Quelles sont les optionsdu gouvernement?

– Il est urgent pour lui de relancer l’activité économique. Les monarchies du Golfe sont prêtes à aider le gouvernement à qui ils ont promis 12 milliards de dollars. Mais il faut qu’il obtienne des résultats au plus vite pour conserver leur soutien.