La Cour suprême du Pakistan a rendu vendredi un arrêt prononçant la «disqualification» du premier ministre Nawaz Sharif et sa destitution de fait à la suite d’une affaire de corruption. Les services du premier ministre ont annoncé peu après qu’il démissionnait, en dépit de «sérieuses réserves» sur la procédure judiciaire, nuance le communiqué.

Nawaz Sharif, 67 ans, est accusé d’avoir caché des biens détenus par ses enfants. Le chef du gouvernement a démenti toute malversation, dénoncé un complot et estimé que son éviction pourrait déstabiliser le pays.

Nawaz Sharif «est disqualifié en tant que député au parlement et a donc cessé d’occuper le poste de premier ministre», a déclaré le juge Ejaz Afzal Khan devant une foule compacte réunie au siège de la cour pour entendre le jugement. L’arrêt ordonne aussi à l’autorité anti-corruption de lancer une nouvelle enquête sur les soupçons pesant sur Nawaz Sharif.

Une période incertaine

Nawaz Sharif et sa famille n’ont pas directement réagi dans l’immédiat à cette décision qui ouvre une période d’incertitude pour le pays. Les prochaines élections législatives sont théoriquement prévues en 2018.

C’est la seconde fois dans l’histoire du Pakistan qu’un premier ministre en poste est démis par une intervention de la Cour suprême. La première fois remonte à 2012, lorsqu’elle avait condamné le premier ministre de l’époque, Raza Gilani, pour outrage à la justice, car il avait refusé de rouvrir une enquête pour corruption contre le président d’alors, Asif Zardari.

Troisième mandat raccourci

Nawaz Sharif n’aura ainsi mené à terme aucun de ses trois mandats comme chef du gouvernement. Il avait déjà été contraint à la démission en raison d’accusations de corruption en 1993. Son deuxième mandat, démarré en 1997, avait lui aussi tourné court en 1999 à la suite d’un coup d’Etat militaire et Sharif avait été contraint à plusieurs années d’exil en Arabie saoudite.

Sécurité renforcée autour de la Cour suprême

L’arrêt a été rendu en fin de matinée à Islamabad, où la sécurité avait été renforcée. Quelque 3000 policiers et paramilitaires étaient déployés autour du siège de la Cour suprême, a indiqué un porte-parole de la police.

Le rapport de la commission d’enquête, composée de civils et de militaires, qui a servi de base au jugement, avait constaté une «importante disparité» entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie.

Le premier ministre est soupçonné d’avoir caché la vérité sur les sociétés et biens immobiliers détenus via des holdings offshore par ses enfants, ce qu’ils démentent vigoureusement.

Trois de ses quatre enfants sont mis en cause, ses fils Hasan et Hussein et sa fille Maryam Nawaz, pressentie comme son héritière en politique à un an des prochaines élections législatives.

Au cœur de cette affaire se pose la question du financement d’appartements londoniens de luxe, détenus par la famille Sharif via des sociétés offshore gérées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca.

Les Panama Papers à l’origine de l’enquête

Le scandale avait éclaté l’an dernier, lorsque le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) avait publié quelque 11,5 millions de documents secrets émanant du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, les Panama Papers.

Des partisans de l’opposant pakistanais Imran Khan, ancienne star du cricket et en pointe dans l’offensive contre Nawaz Sharif, réunis devant la cour, se sont réjouis à grand bruit de la sentence, faisant des signes de victoire et criant «Va-t-en Nawaz», «Nawaz est un voleur».

Le vice-président du PTI (le parti d’Imran Khan), Shah Mehmood Qureshi, a déclaré à la presse: «Aujourd’hui la Cour suprême a écrit une nouvelle page historique. Je veux remercier les juges au nom du peuple pakistanais, car ils ont rendu l’impossible possible.»

La corruption est très répandue au Pakistan, qui figure dans le bas du classement de l’ONG Transparency International, au 116e rang sur 176 pays.