Rien ne va plus pour Donald Trump. Grand vainqueur des primaires républicaines, le milliardaire new-yorkais vient de limoger son directeur de campagne électorale, Corey Lewandowski, littéralement escorté jusqu’à la sortie de la Trump Tower à Manhattan. La décision du candidat républicain aurait été fortement recommandée par ses enfants et par la direction du Parti républicain dont les relations avec le directeur de campagne étaient très tendues. Le très expérimenté Paul Manafort, qui a aidé Gerald Ford et George Bush père à se faire élire, devrait combler ce vide. Paniquée, l’élite du Grand Vieux Parti espère que ce tournant dramatique, à moins de cinq mois de l’élection présidentielle, va permettre à Donald Trump de recentrer son message.

Or en réitérant, après la tuerie d’Orlando qui a fait 49 morts, son appel à interdire d’entrée sur le territoire américain les musulmans, beaucoup ont cependant jugé improbable que Donald Trump, le candidat populiste des primaires, se transforme en Trump, candidat à la stature présidentielle. Les attaques du tribun new-yorkais contre un juge fédéral qualifié de «Mexicain» et de «partial» parce qu’il est né dans l’Indiana de parents mexicains ont outré jusqu’au président républicain de la Chambre des représentants Paul Ryan.

Les responsables républicains sont effarés de constater que les caisses de campagne de Donald Trump sont presque vides. Un fait rédhibitoire pour un candidat à la Maison-Blanche. Au début juin, il n’avait que 1,3 million de dollars en argent liquide. Autant dire une misère dans un processus électoral connu pour exiger des sommes faramineuses si l’on veut avoir une chance de l’emporter. En comparaison, Hillary Clinton, qui a remporté les primaires démocrates, a levé 28 millions de dollars en mai et continue d’engranger des fonds. Elle a surtout l’appui de super-Pacs, ces comités de soutien dont Donald Trump a longtemps dit vouloir se passer. A la même époque, en 2012, Barack Obama et Mitt Romney avaient déjà accumulé un trésor de guerre dans l’optique de la présidentielle. Le milliardaire devra compter fortement sur les finances du Parti républicain dont l’état est pourtant préoccupant.

Le New-Yorkais n’a surtout pas de vraie organisation sur le terrain pour faire la différence dans les Etats dits bascules le 8 novembre. L’équipe d’Hillary Clinton comprend près de 700 personnes employées à plein-temps. Donald Trump n’en compte que 70. Or élection après élection, les experts en conviennent: le «ground game», la présence sur le terrain, est fondamental. Mais là encore, applique-t-on à nouveau les critères traditionnels de l’élite politico-médiatique qui s’est totalement trompée sur les chances de succès de Trump lors des primaires?

A voir le style Trump, le manque cruel d’organisation et de moyens financiers pour mener une campagne présidentielle digne de ce nom, de nombreux républicains s’interrogent sur ce candidat qui n’exclut pas de se présenter en indépendant si le parti continue à lui mettre des bâtons dans les roues. Des dizaines de délégués républicains, normalement liés par leur vote, sont en train de fomenter un «coup» contre Donald Trump à la convention. Une semaine avant le rendez-vous de Cleveland, ils espèrent pouvoir changer les règles pour l’investiture et exiger une majorité qualifiée. Cette dernière tentative de stopper Trump sème la zizanie. Certains «insurgés» font état «d’intimidation» de la part de dirigeants républicains prêts à soutenir Trump en se bouchant le nez.

Reprenant à leur compte une hypothèse lancée sous forme de boutade par l’écrivain Salman Rushdie sur HBO, les adeptes de la théorie du complot n’hésitent pas à décrire Donald Trump comme un «manchurian candidate», un cheval de Troie infiltré chez les républicains pour faire le jeu d’Hillary Clinton. Ils en veulent pour preuve le soutien que Donald Trump a pu donner aux Clinton par le passé et à ses positions parfois plus proches des démocrates que des républicains.

Les mauvais sondages n’arrangent rien. Dans les Etats bascules comme la Floride, le magnat de l’immobilier est en train de perdre du terrain sur sa rivale démocrate.

Saisissant l’importance du moment, Hillary Clinton en a profité mardi à Cleveland pour dire à quel point Donald Trump ferait plonger l’Amérique dans la récession. Elle a aussi écorné les succès de l’homme d’affaires dont les quatre faillites ont surtout frappé les «petits entrepreneurs» travaillant pour lui. L’attaque n’est pas venue par hasard. Seule lueur d’espoir pour Trump: les sondages le donnent toujours devant sa rivale quand il est question de gérer l’économie.