Désarmement

Qui pour désigner les auteurs d’attaques chimiques?

Plus de 130 pays membres de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques sont réunis à partir de ce mardi dans le but de renforcer le rôle de celle-ci et de lui permettre de désigner les responsables d’une attaque. La Russie y est fermement opposée

Les débats promettent d’être techniques et ardus. Des arguties procédurales, voire un report du vote, sont à prévoir. Mais les discussions entre les représentants de plus de 130 pays qui débutent ce mardi à La Haye pourraient aboutir à un bouleversement du rôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Si la réforme est votée, ses experts ne se limiteraient plus à déterminer si telle ou telle attaque est de nature chimique, ils pourraient désormais désigner ses auteurs. «Avec son expertise technique avérée […], l’OIAC est le bon organe pour étudier qui est derrière une attaque», a tweeté le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson. Le Royaume-Uni est, avec la France et une dizaine d’autres pays, à l’origine de la session spéciale de ce mardi.

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Inquiétudes face à la banalisation

«Il s’agit avant tout de remobiliser la communauté internationale contre l’utilisation d’armes chimiques. L’interdiction de les fabriquer et de les employer est menacée», explique une source diplomatique française. Paris, Londres, Washington et Berlin s’inquiètent de leur banalisation en Syrie. Les ONG ont recensé des centaines d’attaques, la plupart au chlore, quelques-unes au sarin.

Une commission d’enquête conjointe de l’OIAC et de l’ONU a accusé Damas d’être responsable d’au moins quatre d’entre elles, dont celle de Khan Cheikhoun, en avril 2017, qui avait tué au moins 83 personnes. Une autre, au gaz moutarde, a été attribuée à l’Etat islamique. «Ceux qui ont utilisé des armes chimiques en Syrie l’ont fait à des fins tactiques et militaires contre des populations civiles en zone urbaine», poursuit le diplomate.

Autre motif d’inquiétude, les assassinats, ou tentatives d’assassinat, avec des composés chimiques. En mars, l’ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille ont été empoisonnés par un agent innervant à Salisbury, petite ville du sud de l’Angleterre. Londres a accusé Moscou d’être responsable. En février 2017, c’est le demi-frère du dictateur nord-coréen, Kim Jong-un, qui a été tué par du VX à l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie.

«Faire capoter le vote»

Depuis la mi-mai, lorsque le projet de cette session extraordinaire a été lancé, la Russie s’est employée à le faire échouer. «Les initiateurs font peu pour dissimuler le fait qu’ils prévoient de s’en servir pour attiser l’hystérie anti-syrienne et anti-russe», a tweeté l’ambassadeur de Russie à La Haye. Selon nos informations, le Kremlin a multiplié les appels téléphoniques ces dernières semaines à plusieurs capitales pour tenter de les dissuader de voter la réforme. S’il n’a pas eu de mal à convaincre ses alliés traditionnels, tels Cuba, le Venezuela ou l’Iran, il n’a pas réussi à empêcher que le quorum minimum soit réuni pour que le sommet puisse avoir lieu.

La Russie est, avec l’Iran, le principal soutien de la Syrie. Depuis 2015, elle s’est engagée militairement en bombardant et en déployant soldats et mercenaires. Au niveau diplomatique, elle a toujours bloqué les tentatives de sanction contre Damas à l’ONU en mettant son veto au Conseil de sécurité. Moscou a aussi toujours nié les bombardements chimiques en Syrie, arguant du manque de preuves tout en multipliant les versions contradictoires.

Les diplomates russes ont été plus loin en novembre: ils ont refusé de prolonger le mandat de la commission d’enquête conjointe entre l’OIAC et l’ONU, dite JIM (Joint Investigation Mechanism), qui pouvait désigner les responsables des attaques. Si les discussions qui débutent ce mardi à La Haye aboutissent, ce sera désormais à l’OIAC, dont la Russie est membre, de s’en charger. Le vote devrait se tenir mercredi soir.

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