Des militants pro-démocratie ont demandé aux Syriens de manifester demain vendredi sous le slogan «La grève de la dignité».

«Le vendredi de la grève de la dignité pour renverser les assassins», ont-ils écrit sur Internet, appelant en outre à une mobilisation pour «une grève générale dimanche» dans le cadre d’une «campagne de désobéissance civile».

«Nous appelons les employés et les ouvriers dans tous les organismes de l’Etat à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie à faire grève, neuf mois après le début de la révolution», ont écrit les militants sur leur page «Syrian révolution 2011».

«Nous poursuivons notre révolution pacifique et notre lutte civile jusqu’à la victoire. La grève […] est un pas vers la désobéissance civile […] pour couper les moyens financiers du régime avec lesquels il tue nos enfants», poursuit le communiqué.

Les militants appellent à une grève générale dimanche et demandent aux étudiants de ne pas assister aux cours, ont indiqué les Comités locaux de coordination (LCC), la principale force d’opposition.

Dans une rare interview accordée à la chaîne américaine ABC News diffusée mercredi, le président El-Assad, confronté depuis bientôt neuf mois à une révolte sans précédent, a nié toute responsabilité dans la mort de milliers de manifestants en Syrie, assurant que seul «un fou» pourrait donner l’ordre de tirer sur son peuple.

Mais jeudi, les assassinats et les exactions commis par le régime se poursuivaient, selon les militants.

Au moins sept civils, dont une femme, ont péri jeudi par des tirs des forces du régime, dans différents quartiers de Homs, lors d’opérations de perquisitions, par des tirs de francs-tireurs ou des attaques à l’artillerie, a précisé dans un communiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), basé au Royaume-Uni.

Huit autres civils ont été blessés par les agents de sécurité qui «ont tiré aveuglément sur les habitants à Houla», dans la province de Homs, surnommée «capitale de la révolution» qui a «donné le plus grand nombre de martyrs», selon la même source.

Toujours dans le gouvernorat de Homs, des tirs de mitrailleuses lourdes étaient entendus dans la nuit de mercredi à jeudi dans le village d’Aqrab, «semant la terreur parmi les habitants». Et des affrontements se sont déroulés à l’aube à Douma près de Damas entre déserteurs et forces de sécurité, alors que des tirs étaient entendus dans tous les quartiers, a précisé l’OSDH.

A Deraa (sud) où est née la révolte en mars, les forces de sécurité ont mené des perquisitions dans le village al-Tiba et ont ratissé les champs avoisinants à la recherche de militants.

Depuis le 15 mars, la répression du mouvement de contestation a fait plus de 4000 morts, selon l’ONU. Le pouvoir attribue les troubles à des «bandes terroristes armées» et poursuit ses opérations sécuritaires.

Par ailleurs, une explosion a eu lieu jeudi sur un oléoduc à l’ouest de Homs. L’agence officielle Sana a accusé «un groupe terroriste armé qui a visé dans une opération de sabotage l’oléoduc à Tal al-Chor» près de Homs, alors que les LCC ont accusé les forces militaires syriennes d’avoir «bombardé l’oléoduc avec un char».

C’est le troisième incident visant des infrastructures d’acheminement d’hydrocarbures depuis mars.

Interpellé sur les propos tenus par le président syrien sur ABC, le porte-parole du Département d’Etat Mark Toner a jugé «ridicule» que le président syrien «tente de s’abriter derrière je ne sais quel jeu de bonneteau et ose affirmer qu’il n’exerce pas d’autorité dans son pays».

«Il y a là soit une coupure (avec la réalité), soit du mépris, ou alors, comme il l’a dit, de la folie», a-t-il également indiqué.

A Paris, le caricaturiste syrien Ali Ferzat a été désigné comme l’un des lauréats 2011 du Prix de la liberté de la presse, attribué conjointement mercredi soir par l’organisation Reporters sans frontières (RSF) et le quotidien français Le Monde.

«Nous honorons cette année un journaliste courageux, victime de la répression brutale d’un régime archaïque. Ali Ferzat mérite largement cette récompense: ses dessins pointent du doigt les dérives d’un pouvoir aux abois et encouragent les Syriens à revendiquer leur droit à s’exprimer librement», a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF, lors d’une cérémonie à Paris.

Pour sa part, l’opposant historique syrien Riad Turk a appelé le Hezbollah et l’Iran, derniers appuis de Damas dans la région, à cesser de soutenir le régime El-Assad, dont il a estimé la chute inéluctable.