Italie

Les dessous secrets de l’amitié entre l’Italie et Kadhafi

Révélations sur les liens entre la Libye et la Péninsule dans les années 1970, ou sur le rôle de la France dans la mystérieuse disparition d’un avion civil au-dessus d’Ustica en 1980, alors qu’elle tentait d’abattre l’avion du colonel Kadhafi: «Intrigue internationale» du juge Rosario Priore revient sur les années de plomb italiennes dans un ouvrage qui ouvre de nombreuses pistes sur les conflits larvés autour de la Méditerranée entre les puissances de l’Europe occidentale

Il a été le juge d’instruction de l’attentat commis, en 1981, par le Turc Ali Agça contre Jean-Paul II. Le magistrat chargé, trois ans plus tôt, de l’enlèvement et de l’assassinat par les Brigades rouges du leader de la Démocratie Chrétienne Aldo Moro. Vingt ans après la fin des «années de plomb» qui ont ensanglanté l’Italie, Rosario Priore a décidé d’évoquer «les vérités qui, selon lui, n’ont jamais pu être dites»

Dans un livre d’entretiens avec le journaliste Giovanni Fasanella intitulé «Intrigo Internazionale» (Intrigue Internationale, ed. Chiare Lettere), l’ancien juge analyse sous un angle plus large la vague terroriste qui a submergé la péninsule à partir de la bombe de piazza Fontana à Milan, en 1969, qui fit seize morts et enclencha une escalade dans la répression policière et les violences des groupes armés.

Pour Rosario Priore, la matrice interne du terrorisme reste indéniable. Mais elle doit être replacée dans un contexte international de guerre froide mais aussi de conflits larvés autour de la Méditerranée et du Proche-Orient entre les puissances de l’Europe occidentale. «Nous avons été en guerre sans le savoir» estime Priore, «l’hégémonie sur la Méditerranée et le contrôle des sources énergétiques nous ont placés en collision avec l’axe franco-anglais qui n’a pas supporté notre rapport privilégié avec la Libye».

En clair, derrière l’unité de façade contre le péril soviétique, les pays de l’Ouest ainsi qu’Israël se seraient livrés à des affrontements armés notamment à travers l’instrumentalisation de groupes terroristes lesquels auraient été également infiltrés par les services du bloc soviétique. Pour montrer la complexité du jeu international, le juge indique par exemple que dans les années soixante-dix, Moscou voyait d’un très mauvais œil l’évolution dans un sens philo-occidental du secrétaire du Parti communiste italien Enrico Berlinguer et que ses agents auraient même tenté de l’assassiner en 1973 lors d’un voyage en Bulgarie. Il révèle aussi que l’Italie, située au carrefour des rapports Est-Ouest mais aussi Nord-Sud, avait passé un accord dénommé «pacte Moro» avec les groupes palestiniens pour qu’ils puissent transiter et passer des armes sans être inquiétés dans la péninsule, en échange de l’engagement à ne pas accomplir d’attentats sur le sol italien. Le pacte aurait tenu jusqu’à la mort d’Aldo Moro, exécuté par les Brigades rouges qui selon le juge auraient d’ailleurs bénéficié, pour l’opération contre le responsable démocrate chrétien, du soutien logistique et direct de la Stasi est-allemande.

Rosario Priore ouvre ainsi de nombreuses pistes dont certaines ne pourront être complétées et confirmées que par l’ouverture des archives des différents pays concernés. Il n’en reste pas moins que le livre met en avant des scénarios inquiétants, notamment en ce qui concerne les rapports avec la Libye du colonel Kadhafi. L’Italie aurait soutenu militairement ce dernier contre l’Angleterre et la France, allant jusqu’à fournir des chars pour une parade militaire, en 1969, à Tripoli mais aussi des experts durant la guerre au Tchad. En réaction la France aurait tenté, selon Rosario Priore, en 1980, d’abattre l’avion du leader libyen dans les cieux italiens touchant par erreur, au-dessus d’Ustica, un avion civil avec à son bord 81 personnes. L’ancien président de la République italienne Francesco Cosssiga a récemment affirmé que «les Français étaient responsables de la tragédie d’Ustica». Son successeur, l’actuel chef de l’Etat Giorgio Napolitano a quant à lui parlé, à ce propos, «d’intrigues internationales».

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