France

Les dessous «trash» de la présidentielle française

François Fillon se voit attaqué sur sa garde-robe et réclame des sanctions pour une caricature «antisémite» d’Emmanuel Macron. Le candidat «d’En Marche!» s’estime injurié par une référence hasardeuse de Vincent Peillon aux chambres à gaz. Bienvenue dans une campagne déjà à bout de nerfs

Il y a eu le galop d’essai des primaires. Un affrontement plutôt serein entre les candidats de la droite, puis entre ceux adoubés par le parti socialiste. Les prétendants à l’Elysée se sont alors affrontés sur leurs programmes, multipliant d’égards et de politesses lors des débats télévisés, pour bien illustrer l’unité politique de leur camp.

Et voici qu’à six semaines du premier tour de la présidentielle française, le 23 avril, la crise de nerfs et les dérapages s’invitent dans cette imprévisible campagne électorale. Accusations d’antisémitisme, allusion incompréhensible aux chambres à gaz, polémique sur la garde-robe du candidat Fillon… Bienvenue en France où tout peut encore se dérouler d’ici la fin du quinquennat de François Hollande et où la convocation par les juges de François Fillon, le 15 mars (son épouse est convoquée le 28) va rythmer cette semaine.


Affaire n°1: Peillon et les «chambres à gaz»

Emmanuel Macron est au cœur de ces dérapages. Une conséquence logique de sa frénétique ascension dans les sondages, qui continuent de le placer devant François Fillon au premier tour (Marine Le Pen restant en pole position), loin devant le candidat socialiste désigné par la primaire: Benoît Hamon.

La dernière affaire, à laquelle l’ancien ministre de l’économie devait répondre dimanche soir sur le plateau de TF1, est celle provoquée par les déclarations de Vincent Peillon, l’un des candidats battus à la primaire du PS, ex-ministre de l’éducation, philosophe et romancier à ses heures.

Dérapage consommé

Nous sommes le 10 mars au matin, sur les ondes de France Info. Interrogé sur les fractures de la gauche provoquées par Macron, et sur la tentation de l’aile droite du parti socialiste d’appeler à voter pour lui après le ralliement de l’ancien maire PS de Paris Bertrand Delanoë, Vincent Peillon tire à vue: «Il semblerait qu’il y ait des gens de l’UMP et du PS qui se mettent ensemble. Vous savez, il y a quelque chose heureusement de têtu dans l’Histoire – c’est comme ça qu’on sait qu’il y a eu des chambres à gaz et qu’on ne peut pas le nier – il y a aujourd’hui des gens de l’UMP, il me semble Delevoye, il y a des gens du PS, il me semble Delanoë…».

La démonstration se veut historique et destinée à expliquer que les anciennes appartenances de parti sont là, et qu’on ne peut pas les gommer si facilement. Mais pourquoi cette référence incongrue et déplacée aux chambres à gaz de la seconde guerre mondiale? Aussitôt, l’internet et les médias sociaux s’enflamment. «Je suis sur les faits, ils s’obstinent. Les faits engagent» poursuit, pour se défendre, Vincent Peillon, sans convaincre ni même expliquer sa comparaison. Le dérapage est consommé.

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Affaire n°2: Macron et sa caricature au nez crochu

La seconde affaire intervenue ce week-end vient du parti «Les Républicains» et des rangs de la campagne Fillon. On connaît le contexte. François Fillon est sur les nerfs. Il verra les juges ce mercredi, et tout peut encore basculer s’il devait être mis en examen. Or voici qu’une infographie publiée en ligne par ses partisans montre Emmanuel Macron en costume cravate, haut de forme et nez crochu…

Message venimeux

Cela ne vous rappelle rien? L’ancien ministre quadragénaire, passé par la banque Rothschild, est bien sûr taclé ici avec de sombres relents d’antisémitisme. Le message distillé par l’infographie est particulièrement venimeux. Beaucoup, dans les milieux d’affaires français, ne se lassent pas, en effet, de présenter Emmanuel Macron comme un agent d’influence. Les caricaturistes le dessinent souvent en pantin téléguidé. Mais là… François Fillon intervient immédiatement, réclame des sanctions et exige que la «campagne présidentielle reste digne». Le directeur de la communication des «Républicains» est convoqué ce lundi pour un entretien disciplinaire.

Soit. Mais le mal est fait. On pense aux campagnes de déstabilisation lancées contre «Ali» Juppé sur les médias sociaux, qui déstabilisèrent le maire de Bordeaux lors de la primaire. D’autres caricatures sur «Bilal» Hamon circulent. On sent qu’une partie de la droite, libérée par les outrances du Front national et par le fait que Marine le Pen caracole en tête des sondages pour le premier tour, a peut-être envie d’en découdre autrement.

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Affaire n°3: Fillon et sa garde-robe

Vous en prendrez bien une troisième? Voici maintenant l’affaire de la garde-robe de François Fillon, révélée par le Journal du dimanche. Et là aussi, derrière les chiffres et les informations, les sous-entendus sont nombreux.

Les faits d’abord: selon le JDD, le candidat de la droite se serait fait offrir 48’500 euros de costumes sur mesure depuis 2012, auprès de la boutique parisienne Arnys. La dernière commande de 13’000 euros, passée après les révélations sur les présumés emplois fictifs de Penelope Fillon le 25 janvier, aurait été réglée par un «ami» via un chèque de la banque italienne Monte Paschi… dont on connaît l’état de délabrement financier avec plus de trente milliards d’euros de créances douteuses à recouvrer.

Nouvelle grenade dégoupillée

Coïncidence? Oui pour François Fillon, furieux de voir «ses faits et gestes scrutés tous les jours dans l’intention évidente de l’écarter de la course à la présidentielle» Sauf que la banque Monte dei Paschi di Sienna, l’un des plus vieux établissements bancaires au monde, est aussi régulièrement citée comme un canal de blanchiment de l’argent de la mafia russe… Or François Fillon est connu pour défendre une politique de rapprochement avec Moscou. Boum! Une nouvelle grenade est dégoupillée, pile la semaine où les magistrats entendent interroger le vainqueur de la primaire à droite.

S’il fallait des preuves pour confirmer que la présidentielle française se jouera à l’arraché au premier tour, les voici: quand les dessous «trash» remontent ainsi à la surface, cela est rarement dû au hasard.

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