Les électeurs irlandais et les députés européens tiennent désormais dans leurs mains le sort de l’Union européenne et celui de ses futurs leaders. Comme prévu, le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept s’est achevé vendredi par l’octroi à l’Irlande des «garanties» demandées par Dublin pour organiser, début octobre, un nouveau référendum sur le Traité de Lisbonne, un an après la victoire du non le 12 juin 2008.

Les dirigeants européens ont simultanément apporté leur soutien «unanime» au président de la Commission José Manuel Barroso pour un nouveau mandat de cinq ans. Ce soutien, confirmé après la présentation par l’intéressé de son programme pour 2009-2014 lors du dîner jeudi soir à Bruxelles, est toutefois assorti d’un ultime suspense autour du calendrier, puisque l’Europarlement doit encore l’investir.

L’hypothèse, défendue par l’ancien premier ministre portugais et privilégiée par les Etats membres, d’un vote dès la première session plénière les 14 et 15 juillet à Strasbourg se heurte à l’opposition d’une partie des élus socialistes, verts et libéraux qui préféreraient attendre le Traité de Lisbonne. Des négociations serrées sont donc à prévoir alors que les chefs des groupes parlementaires seront désignés d’ici au 30 juin, et que la conférence des présidents de l’assemblée élue le 7 juin se réunira le 9 juillet.

«Entamer cette législature par un affrontement institutionnel ne serait pas le mieux», a toutefois prévenu le président français Nicolas Sarkozy. Un consensus semble avoir émergé parallèlement lors du sommet pour que l’ancien premier ministre conservateur polonais Jer­zy Buzek accède à la présidence de l’Europarlement.

Les mois à venir, de toute façon, seront dominés par ce grand marchandage des futurs postes clés de l’UE. A commencer par la présidence de la Commission, pour laquelle José Manuel Barroso réclame une «décision rapide» afin d’éviter tout vide politique.

Le premier ministre britannique Gordon Brown, qui, comme les six autres leaders de gauche au pouvoir dans l’UE (avec notamment l’Espagnol José Luis Zapatero), appuie la candidature du conservateur portugais, a conseillé aux socialistes de négocier: «Qu’ils rencontrent Barroso et posent leurs demandes.»

Tout cet édifice fragile repose sur l’acceptation du Traité de Lisbonne par les Irlandais. Les garanties qui leur ont été concédées réaffirment la neutralité de leur pays, la non-interférence de l’UE sur le droit à l’avortement, le respect de l’autonomie fiscale et le maintien d’un commissaire européen irlandais. Ce qui devrait rassurer les électeurs insulaires.

Un soin tout particulier a été en outre apporté pour que ces garanties ne remettent pas en cause le traité par les 26 Etats l’ayant déjà ratifié. Celles-ci seront donc transformées en protocole rajouté au texte lors de la prochaine accession de la Croatie à l’UE – sans doute fin 2010 – car une modification institutionnelle est alors obligatoire. Mais ce protocole n’altérera ni le texte ni les obligations des autres pays: «Sa seule vocation est de répondre aux Irlandais», a répété Gordon Brown, sous pression des conservateurs. L’eurosceptique président tchèque Vaclav Klaus, dont le pays dirigeait le dernier sommet de sa présidence, risque aussi de devoir remballer sa demande d’un nouveau vote national.

Si les électeurs irlandais disent cette fois oui, deux autres postes devront être attribués, en plus des commissaires: celui de président du Conseil élu pour deux ans et demi, pour représenter les Etats membres. Et celui de haut-représentant aux affaires étrangères. Un poste pour lequel, a ironisé un négociateur polonais, «presque tous les noms des ministres actuels circulent». Avec un avantage au Suédois Carl Bildt dont le pays présidera l’UE au 1er juillet.

Nicolas Sarkozy, à la manœuvre avec la chancelière Angela Merkel, a estimé, sans citer de noms, que le président du Conseil devrait être «quelqu’un de fort et d’ambitieux pour l’Europe». En insistant sur le nécessaire «équilibre politique». «Sur quoi se construit l’Europe? a-t-il conclu. Sur le compromis.»