Analyse

La destruction d'un avion russe met en péril l'alliance contre l'EI

L'agression met les acteurs du conflit syrien face à leurs contradictions, et pourrait avoir de graves conséquences

Le Ministère russe de la défense a confirmé qu’un de ses avions militaires, un Sukhoi-24, avait été abattu. Non loin de la frontière turque. Une information confirmée par le gouvernement d’Ankara qui dit avoir abattu un avion qui survolait son territoire sans tenir compte des mises en garde d’usage avant l’interception par un missile sol-air. Pour Moscou, une autre version prévaut, l’avion volait au-dessus de la Syrie, l’abattre constitue donc un acte d’agression tout à fait illégal.

Les faits. La Turquie abat un avion militaire russe à la frontière syrienne

Cet incident pourrait remettre en cause l’alliance globale contre l’Etat islamique (EI) que le président français François Hollande appelle de ses vœux depuis une semaine. Potentiellement, la Turquie étant membre de l’OTAN, la région pourrait entrer dans une nouvelle phase du conflit avec une guerre de la Turquie contre la Russie, ou l’inverse. Elle pousserait les pays faisant partie de l’OTAN à se montrer solidaires avec Ankara contre la Russie.

Ankara a plus d’une fois protesté contre l’irruption de jets russes au-dessus de son territoire. La raison derrière ces protestations vient de l’opposition déclarée du gouvernement turc au régime de Bachar el-Assad, qui est soutenu par le président Vladimir Poutine. D’où une situation inextricable: la Turquie soutient les représailles contre l’EI à contrecœur, mais elle refuse d’abandonner la lutte contre le régime syrien, ce qui la place dans une position de confrontation avec la Russie. La France appartient comme la Turquie à l’OTAN, mais elle a fait ami-ami avec la Russie pour défaire l’EI.

Le sort des deux pilotes russes complique encore davantage la donne. Ils se seraient éjectés de leurs jets et l’un d’eux au moins aurait été capturé par des rebelles turkmènes modérés soutenus par la Turquie. Cet élément pourrait d’ailleurs expliquer la réaction militaire turque: depuis des semaines, Ankara proteste contre les bombardements russes dont sont victimes ses protégés turkmènes à la frontière septentrionale syrienne.

La destruction de l’avion russe qui met pour l’instant en lumière les contradictions de chacun des acteurs dans le conflit syrien pourrait avoir de graves conséquences.

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