états-Unis

Détails d’une séquestration sordide à Cleveland

Le kidnappeur des trois jeunes femmes est inculpé pour viols et enlèvements. Le tribunal s’est assuré de son maintien en détention en fixant une caution à 8 millions de dollars. L’accusant d’avoir commis des meurtres en imposant des avortements, le procureur a prévenu qu’il envisageait de requérir la peine de mort

Pendant près d’une décennie, elles ont connu l’enfer (LT du 08.05.2013). Dans une petite maison d’un quartier défavorisé de Cleveland, en Ohio. Depuis que trois femmes de 32, 27 et 23 ans ont été libérées lundi de leur bourreau, Ariel Castro, 52 ans, qui les avait enlevées en 2002, 2003 et 2004, les autorités de Cleveland révèlent au compte-gouttes les terribles conditions de leur détention. Les trois femmes furent enfermées au sous-sol d’une maison mal entretenue, souvent attachées au moyen de cordes et de chaînes.

La plus âgée a eu, selon un rapport de police dont la presse américaine a pris connaissance, au moins cinq grossesses. Pour provoquer à chaque fois un avortement, le kidnappeur l’a apparemment affamée et lui a asséné des coups de poing dans le ventre. Les jeunes femmes ont été battues et violées. Amanda Berry, qui a réussi lundi à alerter les voisins et à s’extraire de la maison sise au 2207 Seymour Avenue, a eu une fille, aujourd’hui âgée de 6 ans. Elle est née dans une petite piscine d’enfant avec l’aide de la femme la plus âgée que le kidnappeur avait menacée de mort si l’enfant ne voyait pas le jour vivant. La justice prévoit de soumettre Ariel Castro à un test de paternité. D’autres détails révèlent la cynique pratique qu’avait instaurée ce dernier, celle consistant à célébrer non pas les anniversaires réels des trois jeunes femmes, mais ceux marquant la date de leur enlèvement.

Assommé par l’attention médiatique qu’a suscitée l’affaire, Ariel Castro, qui a travaillé pendant plus de vingt ans comme chauffeur de bus scolaire et qui vit à Cleveland depuis trente-neuf ans, a comparu jeudi devant une cour de justice de Cleveland. Celle-ci l’a inculpé pour viol et enlèvement des trois femmes dont deux ont regagné leur famille, la troisième étant hier toujours hospitalisée. L’inculpé ne sera sans doute pas en mesure de payer la caution de 8 millions de dollars pour sortir de prison.

Les médias se perdaient en qualificatifs pour décrire les crimes commis par ce Portoricain au chômage et dont la maison est en procédure de saisie immobilière. Ariel Castro était perçu comme un voisin plutôt agréable et affable. Il jouait de la basse dans un groupe latino et participait à des barbecues avec des voisins. Dépeint comme un alcoolique, il avait déjà commis des actes de violence dans un mariage qui a volé en éclats voici plusieurs années. Son ex-femme, aujourd’hui décédée, avait porté plainte contre lui pour avoir tenté d’enlever leurs deux filles. Elle-même avait été battue, au même titre que leur fils âgé aujourd’hui de 31 ans, qui a déclaré au Daily Mail que sa mère avait quitté la maison en 1996 déjà avec les enfants. Issu d’une famille portoricaine qui a immigré aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale, l’inculpé aurait mal vécu la mort de son père en 2004, une date à laquelle il avait cependant déjà séquestré deux des trois femmes.

L’énigme autour de celui que certains ont vite qualifié de «monstre» est peut-être en partie expliquée dans une lettre rédigée en 2004 que les enquêteurs ont retrouvée chez lui. Une lettre de «suicidaire» dans laquelle il déclare être un «prédateur sexuel» ayant besoin d’aide. Il y confesse l’enlèvement des trois jeunes filles et son intention de mettre fin à ses jours, accablé par le sentiment de culpabilité.

Si les habitants de Cleveland se demandent encore comment trois femmes ont pu être séquestrées aussi longtemps, les médias s’interrogent sur ce qui a pu provoquer le déclic chez Amanda Berry pour oser fuir son bourreau alors qu’il avait oublié de fermer le cadenas de sa chambre. Ce d’autant que le tortionnaire avait sévèrement battu les deux autres femmes lorsqu’elles avaient tenté de s’enfuir. Fait étonnant décrit comme découlant en partie du syndrome de Stockholm, les deux autres femmes n’ont pas voulu la suivre lundi dans sa quête de liberté et ont attendu la venue de la police. Ariel Castro a semble-t-il réussi, par des menaces permanentes, à exercer un contrôle absolu sur les captives. Aujourd’hui, les psychologues en conviennent. Il faudra des années aux trois jeunes femmes pour surmonter, si elles y parviennent, le traumatisme de leur séquestration.

Dans une lettre rédigée en 2004, il déclare être un «prédateur sexuel» ayant besoin d’aide

Publicité