Alors que les deux tiers des Etats-Unis connaissent leur plus grave sécheresse depuis 25 ans, les records de chaleur sont une menace directe pour les détenus texans. Sur les 111 prisons que compte le Texas, seules 21 sont équipées d’air conditionné. L’été dernier, dix prisonniers sont décédés d’hyperthermie en l’espace de 26 jours entre juillet et août. La famille de l’un d’entre eux a déposé plainte le mois dernier et une ONG de défense des droits civils, le Texas Civil Rights Project, vient de poursuivre les autorités pénitentiaires locales devant une cour fédérale pour la mort de ces dix personnes.

En 2008 déjà, un détenu avait attaqué les responsables de la prison de South Texas où il était incarcéré, après que 54 prisonniers eurent été exposés à des températures dignes, selon lui, de la Vallée de la Mort. La température était de 53 degrés Celsius pendant dix jours consécutifs à l’intérieur des cellules. Eugene Blackmon, qui dit avoir régulièrement souffert de maux de tête, nausées et troubles de la vue dans la «fournaise» de sa cellule, attend les résultats de sa procédure d’appel, sa plainte ayant été rejetée.

Une loi texane impose de maintenir les températures entre 18 et 29 degrés Celsius dans les établissements pénitentiaires l’été, mais elle ne s’applique qu’aux prisons des comtés, pas à celles de l’Etat. «Nous offrons des quantités supplémentaires d’eau et de glace, nous limitons les activités extérieures et nous fournissons des ventilateurs», assure Jason Clark, le porte-parole du Département de la justice criminelle du Texas. Des mesures qui n’empêchent toutefois pas les pics de chaleur à l’intérieur des prisons. Selon l’autopsie, les dix hommes âgés de 44 à 58 ans décédés l’été dernier ont été victimes d’hyperthermie ou de coup de chaleur.

Les conditions extrêmes dans lesquelles sont maintenus les prisonniers, affirment leurs familles et leurs défenseurs, violent le huitième amendement de la Constitution américaine interdisant «les châtiments cruels ou exceptionnels». Il y a huit ans, la Cour d’appel du Mississippi avait ordonné aux autorités locales de cet Etat du Sud de rénover toutes les prisons, devenues avec le temps de véritables étuves. «La Constitution n’exige pas que les prisons soient confortables, mais qu’elles soient saines et humaines», souligne Scott Medlock, responsable des droits des prisonniers au Texas Civil Rights Project. Pour leur défense, les autorités pénitentiaires rappellent qu’une grande partie des prisons actuelles ont été construites avant l’arrivée de la climatisation centrale dans le commerce. Quant aux bâtiments datant du milieu des années 80 ou des années 90, ils n’ont pas été équipés pour éviter un surcoût en installation, maintenance et consommation. Selon Jason Clark, rien n’indique que l’absence d’air conditionné dans leur cellule était la cause du décès des détenus morts l’été dernier.

Les soucis des contribuables

De son côté, le sénateur John Whitmire, un démocrate de Boston qui dirige la commission de justice criminelle au sénat local, a appelé à «relativiser» le nombre des détenus décédés, soulignant que la population carcérale du Texas s’élève à 150 000 personnes. Whitmire a fait savoir qu’il étudierait les circonstances de chacun de ces décès avant de tirer la moindre conclusion. D’autant, insiste-t-il, que les contribuables texans ne voient pas d’un bon œil l’idée d’avoir à payer la «clim» à des délinquants sexuels, des violeurs ou des criminels.