«Depuis le déclenchement de l'Intifada, les Israéliens sont entrés et sont sortis trois fois de ma ville. Cette fois, j'espère que ce sera la dernière.» Chrétien, et membre influent du Fatah, le maire de Bethléem Hana Nasser a passé les dernières heures de l'occupation israélienne de sa cité à prier pour qu'un excité appartenant à l'un des groupes armés autonomes opérant encore en Cisjordanie ne vienne pas remettre en cause la passation de pouvoir entre Tsahal et les services de sécurité palestiniens prévue mercredi à 16 heures. Il a été exaucé.

Emmenés par le commandant de la Sûreté générale palestinienne Ahmed Ayad, des soldats vêtus d'un uniforme flambant neuf ont pris les positions fixées dans le cadre des négociations avec Israël. Certains d'entre eux brandissaient un drapeau aux couleurs de la Palestine. Ils venaient de Ramallah où ils avaient passé la plus grande partie de ces trois dernières années en habits civils afin de ne pas être arrêtés par les Israéliens. D'autres, insistaient pour faire constater par les journalistes l'ampleur des déprédations causées par les soldats de l'Etat hébreu: sur les soixante 4X4 dont disposait la police palestinienne avant le déclenchement de l'intifada, il n'en reste plus que quatre en ordre de marche. Les autres ont été mis hors d'usage.

Contrairement à ce qui s'est passé lundi dans la bande de Gaza, le retrait de Tsahal de la ville chrétienne n'a pas été festif. Quelques coups de klaxon, quelques carillons, des slogans scandés çà et là par des enfants, mais rien d'extraordinaire. Car en vérité, il y a déjà belle lurette que les chars de l'Etat hébreu ont quitté le centre de Bethléem. «Ces dernières semaines, les patrouilles se sont faites rares puisque tout était calme», affirme Samir Hamis, le propriétaire de l'un des plus grands restaurants de la cité. «Même si elle est provisoire, cette «houdna» (trêve) nous fait du bien. Ici, les gens ont un urgent besoin de calme. Ils rêvent de travailler, de voir revenir les pèlerins étrangers, et surtout de ne plus avoir peur.»

De son côté, peu confiante dans les capacités des services palestiniens à empêcher les attentats ou des tirs éventuels sur Gilo (un quartier de Jérusalem construit à quelques centaines de mètres de Bethléem), l'armée israélienne a renforcé son dispositif d'encerclement de la ville. «Nous vivons une période de flottement que des terroristes désireux de faire capoter le processus en cours pourraient utiliser pour tenter quelque chose», estime un officier de Tsahal. «Nous devons être prudents car tout est précaire dans la région. Les violences peuvent éclater sans que l'on sache pourquoi. En matière de sécurité, nous ne nous fions qu'à nous-mêmes.»

Pour empêcher d'éventuelles infiltrations de kamikazes, le barrage situé à la sortie de la cité a en tout cas été transformé en véritable point de passage en dur semblable à un poste frontière. En outre, l'imposante muraille de barbelés installée dans les faubourgs de Bethléem a été doublée. Enfin, malgré les protestations palestiniennes, Tsahal garde le contrôle de zones sensibles comme le tombeau de Rachel, un lieu saint juif situé dans les faubourgs de la ville. «En arabe, on dit qu'une bonne clôture ne fait pas forcément de bons voisins», lâche Hana Nasser. «Si les Israéliens veulent vraiment en finir avec le terrorisme, ils feraient bien de ne plus nous considérer comme des terroristes. Ce sera le meilleur moyen d'éviter de nouvelles explosions de violence et de progresser sur le chemin de la paix.»