Allemagne

«Pas d’Europe allemande, mais une Allemagne européenne»

Le regard de citoyens de Hambourg sur le destin de leur pays

Où en est l'Allemagne? Alors qu'Angela Merkel devrait être réélue dimanche pour un 4e mandat consécutif, Le Temps a sondé le pays et vous propose toute la semaine de revenir sur les grands défis qui attendent la plus grande puissance européenne

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Quel rôle pour l’Allemagne à l’avenir? Furkan Oezbek, étudiant en droit à l’Université de Hambourg, la barbe bien taillée, est né dans la ville hanséatique. De parents kurdes, il a la double nationalité turque et allemande. Il parle un allemand du Nord impeccable. Sur la terrasse d’un café dans le quartier universitaire, en face du cinéma Abaton, il lâche: «L’Allemagne est beaucoup trop dépendante des Etats-Unis.» Il en veut pour preuve les activités d’espionnage menées par l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA) en Allemagne, mais aussi l’étroite collaboration des renseignements allemands (Bundesnachrichtendienst, BND) avec son homologue américain. Pour Furkan, l’Allemagne ne s’affirme pas suffisamment sur la scène internationale. «Elle doit montrer davantage ses muscles.» Il a encore en mémoire la place prépondérante qu’occupaient les Erdogan, Trump et Poutine au sommet du G20 de Hambourg en juillet dernier.

Son collègue d’études Cem Okcuoglu est aussi Allemand de parents kurdes. Pour lui, son pays a pris la bonne décision morale d’accueillir de nombreux réfugiés de Syrie en 2015. «Je ne peux que saluer cette Willkommenskultur, cette culture de l’accueil.» Lui aussi étudiant en droit, il est par contre plus critique envers l’attitude ambiguë de l’Allemagne en matière d’exportations: «On alimente des guerres civiles en exportant des armes vers les belligérants. C’est moralement inacceptable. Il ne faudra pas s’étonner si on en paie le prix plus tard.»

Johanna Engelke, une grande blonde au visage buriné, fume des cigarettes les unes après les autres. Electrice des sociaux-démocrates, elle se montre très critique à l'égard d’Angela Merkel et de son gouvernement. «L’Allemagne doit être beaucoup plus solidaire. L’attitude qu’elle a eue envers la Grèce est scandaleuse. Elle n’avait qu’une chose en tête: l’austérité budgétaire. Les Grecs en ont payé le prix fort.» Quant au rôle que son pays doit jouer sur le continent, elle est catégorique: «Il faut éviter à tout prix une Europe allemande. Nous voulons une Allemagne européenne.»

Ses propos résonnent avec ceux de l’actuel président allemand, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier: l’Allemagne doit être une «puissance réfléchie». Un peu plus loin, au Pony Bar, un café branché sis à la place Allende, André Kruse savoure la douceur de l’après-midi. Enseignant à la retraite, il ne souhaite pas voir son pays prendre des grands airs sur la scène internationale. Le poids de l’histoire pèse sur sa vision du pays. Son père fut interné pendant quatre ans dans un camp de concentration, notamment à Neuengamme, dans la banlieue de Hambourg, en raison de son appartenance au SPD. «L’Allemagne peut assumer davantage de responsabilités, même en termes de défense, mais uniquement dans le cadre de l’UE.» Pour ce qui est de l’ouverture de son pays aux réfugiés, il se félicite de la politique de Merkel: «Je suis ravi qu’elle ne soit pas un Viktor Orban ou une Theresa May.» Il n’a jusqu’ici jamais voté pour les chrétiens-démocrates de la CDU mais, cette fois, il pourrait changer d’avis.

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