Asie

Les deux Corées accomplissent un pas décisif vers la paix

Les dirigeants du Nord et du Sud se sont mis d’accord pour dénucléariser leur péninsule et dynamiser toutes sortes de projets communs, à commencer par la connexion des voies ferroviaires et routières qui traversent leur frontière

«Le Sud et le Nord ont discuté de mesures de dénucléarisation pour la première fois.» La nouvelle a été donnée par le président sud-coréen Moon Jae-in lors de la conférence de presse conjointe qu’il a tenue avec son homologue Kim Jong-un suite au deuxième round de leur sommet. Après leur accolade chaleureuse de la veille – un défilé à bord d’une voiture décapotable sous les acclamations de plusieurs dizaines de milliers de Nord-Coréens, Moon Jae-in a ainsi rappelé l’objectif numéro un de sa visite de trois jours à Pyongyang: la relance des négociations nucléaires Corée du Nord – Etats-Unis.

Ces pourparlers ont été suspendus depuis que le président américain Donald Trump a annulé la visite de son secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, invoquant le manque de progrès des discussions. Les modalités et le calendrier du processus de dénucléarisation nord-coréen en constituent la pierre d’achoppement. Le régime de Kim Jong-un demande au préalable la signature d’un traité de paix, qui se substituerait à l’armistice actuel et mettrait ainsi officiellement fin à la guerre de Corée (1950-1953), pour assurer sa survie, alors que les Etats-Unis exigent au préalable des mesures concrètes de dénucléarisation.

Donald Trump salue la décision

Le président Moon, qui assume avec persévérance le rôle de médiateur entre Pyongyang et Washington depuis le début de son mandat, pourra se prévaloir de nouvelles avancées sur le dossier nucléaire nord-coréen lors de sa rencontre avec Trump. Un sommet prévu le 24 septembre à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Les deux Corées se sont accordées autour de l’élimination totale des armes et menaces nucléaires de la péninsule coréenne en annonçant une série d’initiatives concrètes.

Des résultats immédiatement salués par Donald Trump via son compte Twitter: «Kim Jong-un est d’accord pour autoriser des inspections nucléaires, sous réserve de négociations finales, et démanteler définitivement un site de test et un pas de tir en présence d’experts internationaux.» Les termes «négociations finales» peuvent néanmoins laisser place à diverses interprétations.

Dans la déclaration dite de Pyongyang signée hier par les deux Corées, le leader du Nord consent effectivement à fermer le site de tests balistiques de Tongchang-ri et sa zone de lancement en présence d’inspecteurs internationaux ainsi qu’à démanteler définitivement le complexe nucléaire de Yongbyon, qui comprend l’unique réacteur du pays.

L'«impatience non stratégique» des Etats-Unis

Néanmoins, Daniel Pinkston, spécialiste de la Corée du Nord à l’International Crisis Group, craint que ces annonces, même sincères, n’aient pas de réel impact sur la politique nord-coréenne de Washington à l’heure actuelle. «Les Etats-Unis connaissent une profonde crise de leadership, il n’y a pas de stratégie cohérente mais plutôt ce que j’appellerais une «impatience non stratégique». Je suis donc incertain quant aux réactions américaines.»

Dans la déclaration commune publiée plus tard par Séoul, Kim Jong-un n’a pas omis de préciser que de tels gestes en vue de la dénucléarisation ne pouvaient être réalisés que «si les Etats-Unis adoptent des mesures réciproques en vertu de l’esprit du communiqué conjoint Corée du Nord – Etats-Unis du 12 juin». Les pourparlers s’annoncent donc laborieux en raison de la méfiance tenace des deux parties.

D’un côté, Pyongyang réclame des récompenses pour ses initiatives de dénucléarisation en cours et, de l’autre, Washington refuse d’infléchir sa position, qui consiste à exercer une pression maximale contre le Nord jusqu’au démantèlement complet et vérifiable de ses armes nucléaires. Interrogé par l’agence de presse Yonhap, un expert sud-coréen considère la perplexité de l’administration Trump légitime: «Etant donné que l’on ne sait pas clairement si les installations liées à la bombe à hydrogène sont toutes situées sur le site de Yongbyon, une nouvelle controverse pourrait altérer le processus de dénucléarisation.»

Relier des voies ferroviaires et routières

«Des mesures pratiques pour mettre fin à une ère de guerre et ouvrir un avenir de paix et de prospérité dans la péninsule coréenne.» C’est en ces termes que le conseiller aux relations publiques de Séoul, Yoon Young-chan, a introduit les nouveaux chantiers de collaboration intercoréenne, soulignant que la déclaration signée mercredi comportait de facto une déclaration de fin de guerre. Dans le cadre de leur politique de rapprochement, Moon Jae-in et Kim Jong-un sont notamment convenus de relier des voies ferroviaires et routières traversant leur frontière dans les prochains mois ainsi que de relancer les activités du site industriel mixte de Kaesong et le programme touristique au mont Kumgang, deux lieux emblématiques de la coopération intercoréenne.

La concrétisation de ces partenariats laisse de nombreux experts perplexes. «Je pense qu’il sera très difficile de parvenir à une coopération économique significative sans que les sanctions internationales soient assouplies ou levées», estime Daniel Pinkston. Sur le plan humanitaire, Séoul et Pyongyang se sont mis d’accord pour inaugurer prochainement une nouvelle structure commune destinée à organiser plus régulièrement et dans de meilleures conditions des réunions de familles séparées par la guerre de Corée. En parallèle, les chefs de la Défense du Nord et du Sud ont décidé d’adopter un large éventail de mesures dans le but de minimiser tout risque de conflit militaire dans la région.

Des équipes communes pour les événements sportifs

Autres signes de l’atmosphère fraternelle qui s’est progressivement installée sur la péninsule depuis les Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en février dernier: les deux Corées ont annoncé qu’elles continueraient à former des équipes communes lors des principaux événements sportifs internationaux et qu’elles envisageaient également d’organiser ensemble les JO d’été de 2032. Enfin, Kim Jong-un a exprimé le souhait d’effectuer une visite historique à Séoul «dans un avenir proche». Moon Jae-in a ensuite précisé que ce nouveau sommet pourrait avoir lieu cette année, à moins de «circonstances particulières».

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