Alors qu'à New York, une réunion internationale capitale autour de l'Irak se déroulait aux Nations unies, une grande agitation a saisi les officiels américains en Irak comme à Washington lorsqu'est tombée la nouvelle – confirmée mardi soir par le commandant militaire américain à Bagdad, le général Ricardo Sanchez – de la mort des deux fils de Saddam Hussein lors d'un raid mené par les forces américaines contre une maison à Mossoul à 450 kilomètres au nord de Bagdad. C'est un cousin de Saddam Hussein, Nawaf Mohamed Al-Zaidane, chef de la tribu des Bou Issa, qui aurait averti mardi les Américains de la présence chez lui des deux fils du président irakien déchu. Cette information émane d'une parente interrogée à Mossoul par l'AFP.

Autour de la maison de ce dignitaire local, les échanges de tirs auraient duré près de quatre heures et impliqué quelque 200 militaires américains de la 101e division aéroportée qui encerclaient des hommes armés de lance-grenades. C'est finalement à l'aide d'hélicoptères que les forces de Washington seraient venues à bout des occupants de la maison devenue la proie des flammes, à l'instar des bâtiments environnants. Des témoins ont vu ensuite quatre corps calcinés retirés des décombres. Pendant que des officiels multipliaient les déclarations anonymes laissant entendre qu'il s'agissait bien de cibles de la plus haute importance, le Pentagone comme la Maison-Blanche se refusaient à confirmer tout en admettant espérer qu'il s'agissait bien des deux fils de Saddam.

Le chef du Pentagone, Donald Rumsfeld, avait cependant pris la peine d'informer personnellement hier le président américain George Bush du déroulement du raid. L'affaire est en effet d'importance: si les Américains offrent 25 millions de dollars pour la tête de Saddam Hussein, ses deux fils – qui figuraient sous forme d'as de trèfle et d'as de cœur dans le jeu de cartes des figures du régime déchu élaboré par les Etats-Unis – valent dans l'esprit des hommes de Washington, 15 millions de dollars. Au moment où les troupes américaines, impliquées dans des escarmouches quotidiennes, souvent mortelles, rencontrent de sérieuses difficultés en Irak, l'effet psychologique de l'élimination de deux dignitaires de premier plan de l'ancien régime n'est à négliger ni sur le terrain ni à l'échelle internationale. A Bagdad d'ailleurs, des tirs enthousiastes ont résonné dès que la rumeur de la mort des deux frères s'est répandue, tandis que tout le monde était resté scotché hier soir devant les postes de télévision en attendant la confirmation.

Les deux fils de Saddam Hussein étaient étroitement imbriqués dans les structures érigées par leur père. Qoussaï, 37 ans, passait même pour l'héritier de Saddam. Il était à la tête des services secrets irakiens et de plusieurs milices ainsi que de la Garde républicaine, un corps d'élite jouissant de la confiance du président. En mai 2001, il avait été nommé au poste le plus haut placé du parti Baas. Certains imaginaient même que cet homme, qui se tenait à l'écart des médias irakiens, gérait les affaires au plus haut niveau de l'Etat. C'est lui qui avait été chargé de la défense de Bagdad puis de Tikrit, la ville natale de Saddam.

Oudaï, 39 ans, le plus âgé des deux, pesait de tout son poids sur l'appareil d'information de l'Etat et gérait presque tout l'appareil de propagande. Il avait été nommé à la direction de toute une série d'associations, de celle des journalistes irakiens à celle de l'Union des étudiants en passant par la Ligue de football nationale. Il dirigeait en outre la milice des fedayin, de redoutables combattants à qui on attribue aujourd'hui encore de nombreux actes de sabotage en Irak occupé. Plus connu du public irakien que son frère Qoussaï, il avait des allures de play-boy et une réputation de coureur de femmes d'une brutalité extrême. C'est depuis l'attentat dont il avait été victime en 1996 qu'Oudaï aurait progressivement perdu en influence au profit de son frère cadet.