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Pas de deux du gouvernement et du Medef

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a ouvert l’université d’été du Medef en lançant un message de confiance aux chefs d’entreprise. Lesquels saluent sa présence, tout en attendant des actes réels pour améliorer la compétitivité

Ouvrir l’université d’été du Medef dans une démarche inédite pour un premier ministre français, qui plus est socialiste. L’exercice s’avérait délicat. Mais après le déchaînement de critiques contre l’exécutif, portant aussi bien sur l’illisibilité que sur la faiblesse de son action politique, François Hollande, le président de la République, et Jean-Marc Ayrault, se démultiplient pour tenter de neutraliser le mécontentement qui s’exprime. Et se traduit dans les sondages par une chute brutale de leur cote de popularité.

Pour sa deuxième université d’été de la semaine, mais devant un public bien moins conquis, le premier ministre a donc poursuivi mercredi son travail de pédagogie. L’explication s’est doublée d’un enjeu supplémentaire: tendre la main au patronat, extrêmement méfiant envers l’exécutif. Aussi bien les projets d’alourdissement de la fiscalité, que les durs propos du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, sur PSA ou le manque d’allant sur les thèmes de la flexibilité des salaires et des horaires, ainsi que sur la baisse du coût du travail, inquiètent les chefs d’entreprise.

La démarche de Jean-Marc Ayrault a fait s’étrangler Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche: «Je désapprouve absolument, c’est une erreur politique», «un signe de faiblesse», fulmine-t-il. Mais l’entente avec les dirigeants d’entreprise pèse davantage aux yeux du gouvernement que celle avec le Front de gauche. Jean-Marc Ayrault joue dès lors celui qui «s’étonne de l’étonnement» que suscite sa présence sur le campus d’HEC, à Jouy-en-Josas, où se déroule la manifestation. Le chef du gouvernement n’est pas venu seul. Les ministres de l’Economie, du Commerce extérieur, du Budget, du Redressement productif, du Travail, de l’Ecologie, notamment, ont fait le déplacement.

«C’est dans un esprit d’ouverture et de confiance que je viens vers vous, attentif aux difficultés que vous rencontrez et à vos propositions», assure-t-il, sous une immense tente surchauffée par le soleil. Jean-Marc Ayrault multiplie les paroles d’apaisement: «J’estime les chefs d’entreprise et je suis pleinement conscient de leur apport ­décisif à notre économie. Le gouvernement souhaite résolument encourager et mobiliser la France qui entreprend. C’est la condition de la croissance.»

Voilà une réponse directe à la patronne du Medef, Laurence Parisot, qui, dans Le Monde, disait attendre que le gouvernement «soit dans l’ouverture plutôt que dans la défiance, dans l’attention plutôt que dans la suspicion, encourageant plutôt que décourageant». A l’issue du discours, Laurence Parisot a salué «ce signe du gouvernement à l’égard des entreprises, qui traversent une période extraordinairement difficile» avec des marges très dégradées. «Et nous ne faisons pas semblant d’aller mal», précise-t-elle.

L’assistance, qui n’a pas excessivement applaudi, est pourtant restée sur sa faim. La stratégie économique du gouvernement et les moyens qu’il mettra en œuvre pour améliorer la compétitivité du pays n’ont pas été davantage détaillés que lors de la déclaration de politique générale. Rien n’a été dit sur la flexibilité; la question du coût du travail n’a été qu’effleurée. «Nous ne pouvons nous contenter de ce discours, aussi doux soit-il à nos oreilles», a commenté Laurence ­Parisot. «On est d’accord sur les constats, mais ce sera plus difficile quant à la mise en œuvre», ajoute le président du Medef Lorraine, Patrice Lombard. «C’était de la langue de bois, de la pure déclaration d’intention», lance une cheffe d’entreprise, moins diplomatique.

Laurence Parisot, comme l’ensemble des participants, attend de voir les paroles se transformer en actes. «Il faut absolument, dans les semaines qui viennent, un budget pour la France qui soit un budget pro-entreprises, qui, premièrement, n’augmente pas les charges, deuxièmement, permette de financer les entreprises, et troisièmement, commence à amorcer une baisse des prélèvements obligatoires pesant sur nos entreprises. C’est à cette condition que le chômage changera de direction.» Celui-ci flirte avec des records: le nombre de chômeurs s’élevait à 2,98 millions en France métropolitaine à la fin de juillet, une hausse de 8,5% en un an.

Et les «emplois d’avenir» concoctés par le gouvernement (lire ci-dessous) ne convainquent pas franchement le Medef: «Il aurait mieux valu un mécanisme d’embauche à zéro charges dans les très petites entreprises», estime sa présidente. Entre l’exécutif et le patronat, la ­réconciliation n’est de loin pas entièrement scellée.

«Il faut absolument, dans les semaines qui viennent, un budget qui soit un budget pro-entreprises»

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