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Emmanuel Macron, face au cercueil recouvert du drapeau tricolore, dans la cour des Invalides. 28 mars 2018.
© Christophe Morin/IP3/Getty Images

Deuil

Deux hommages pour une France meurtrie

Aux Invalides, Emmanuel Macron a promis d’honorer l’exemple du gendarme Arnaud Beltrame. Place de la Nation, des milliers de manifestants ont honoré la mémoire de l’octogénaire juive assassinée Mireille Knoll. Récits croisés

Seul, face au cercueil recouvert du drapeau tricolore, dans la cour des Invalides. Emmanuel Macron vient d’achever son discours d’hommage au colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, blessé à mort le 23 mars par le terroriste de Trèbes (Aude) après avoir pris la place d’une otage. Juste avant ce moment de recueillement national, rompu par la seule sonnerie aux morts, le président français s’est engagé à «honorer l’exemple» de cet officier au parcours emblématique: catholique fervent mais aussi franc-maçon; proche de la population de ce département du sud-ouest de la France et également soldat d’élite, parachutiste, affecté un temps à la sécurité du palais présidentiel de l’Elysée.

Les mots du chef de l’Etat ont été sans merci pour le meurtrier Redouane Lakdim, «un homme avide de néant qui cherchait sa mort. Une mort qu’il croyait glorieuse mais qui était abjecte, […] honte de sa famille, honte des siens et de nombre de ses coreligionnaires.» Sous les arcades des Invalides, et massés à l’extérieur sur l’esplanade, des milliers de personnes acquiescent, au bord des larmes. Le héros Arnaud Beltrame a, pour eux, valeur de ralliement face à «l’obscurantisme barbare, qui n’a pour programme que l’élimination de nos libertés et de nos solidarités», vigoureusement dénoncé par Emmanuel Macron.

Larmes et bouquet de roses sur le passage du cercueil

Aux motards de la Garde républicaine qui ont escorté le cercueil parti du Panthéon, Isabelle, assistante dans un cabinet d’avocats, a jeté un bouquet de roses. Son voisin essuie ses larmes. «Combien de fois va-t-on encore se retrouver là, à pleurer les victimes de ces fous?» interroge-t-il. Quatre personnes ont été tuées par le terroriste à Trèbes. Les noms des 130 morts du Bataclan et des terrasses de café parisiennes s’affichaient aux Invalides, en novembre 2015, lorsque avait résonné Quand on n’a que l’amour de Jacques Brel. Le visage de Xavier Jugelé, officier de police tué en avril 2017 sur les Champs-Elysées, reste aussi dans les mémoires…

Trop d’hommages? «Non, car cela serait un abandon», tranche Isabelle, venue devant les Invalides avec trois collègues juristes. Emmanuel Macron a répondu, lui, en plaçant Arnaud Beltrame dans la lignée de Jeanne d’Arc, Jean Moulin et du général de Gaulle: «Ce que nous combattons, c’est aussi cet islamisme souterrain, qui progresse par les réseaux sociaux, qui accomplit son œuvre de manière invisible, qui agit clandestinement, sur des esprits faibles ou instables et corrompt au quotidien. C’est un ennemi insidieux, qui exige de chaque citoyen, de chacun d’entre nous, un regain de vigilance et de civisme.»

Cette France meurtrie sait que les plaies de la folie terroriste seront longues à cicatriser. Mais le refus du pire reste solide, comme le prouve, quelques heures plus tard, la marche blanche contre l’antisémitisme organisée à l’autre bout de Paris, place de la Nation, en hommage à l’octogénaire juive Mireille Knoll, tuée le jour même de la prise d’otages. Cette rescapée de la Shoah a été placée, par le président français, aux côtés du gendarme-héros. Son meurtrier, a asséné Emmanuel Macron, «a assassiné une femme innocente et vulnérable parce qu’elle était juive, et a ainsi profané nos valeurs sacrées et notre mémoire». Des phrases reproduites sur des banderoles et brandies par des groupes de jeunes.

Des huées pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

Des milliers de badges à l’effigie de la grand-mère souriante ont été distribués, tous porteurs du message «Mireille, nous ne t’oublierons pas». Un bref tumulte et des huées marquent juste, boulevard Voltaire, l’arrivée controversée de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen. Les leaders de La France insoumise et du Front national étaient aux Invalides le matin, comme l’ensemble de la classe politique. Les organisations juives se sont déchirées sur leur présence. Marine Le Pen reste retranchée derrière un mur de caméras. Unité nationale et accalmie finissent par l’emporter dans le silence de cette marche, réponse populaire spontanée aux deux blessures survenues vendredi: les noms des quatre victimes de Trèbes sont partout accolés à celui de l’octogénaire.

Personne, dans ce cortège, ne doute pourtant d’un prochain acte terroriste. «Cette guerre de l’ombre prendra du temps, on le sait», lâche André, un enseignant à la retraite. Dix-sept attentats ont été déjoués en France depuis 2015. Onze ont malheureusement eu lieu, le plus souvent revendiqués par Daech, cet «ennemi insidieux qui, selon Emmanuel Macron, exige de chaque citoyen un regain de vigilance et de civisme». A preuve: descendus de la place de la Nation, les milliers de Français venus saluer Mireille Knoll sont passés devant le café Comptoir Voltaire. Là même où, dans la nuit tragique du 13 novembre 2015, Brahim Abdeslam s’était fait exploser, blessant une dizaine de personnes.

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