La réponse ne s'est pas fait attendre. Deux jours après l'élection du faucon Ariel Sharon au poste de premier ministre, une bombe de très forte puissance a fait trembler tout le quartier ultrareligieux de Mea Shearim, dans la partie juive de Jérusalem. Il n'y avait qu'un blessé léger. Et un blessé grave: la paix.

Le nouveau premier ministre élu a été prompt à réagir en assurant que l'attentat n'avait «aucun lien» avec son élection triomphale. Celui-ci saute aux yeux, pourtant. Ariel Sharon a basé toute sa campagne sur deux promesses: la paix et la sécurité. Le Hamas (à qui l'attentat était attribué) veut le placer devant l'impossibilité de les réaliser toutes deux simultanément. «Les pourparlers (avec les Palestiniens) reprendront lorsqu'il y aura un arrêt absolu des actes terroristes», ajoutait Ariel Sharon, dans le droit fil de sa ligne de campagne où il a juré «ne pas négocier sous le feu et la menace». «L'Autorité palestinienne, ajoutait-il hier, doit faire sa part pour combattre la terreur, comme elle s'y est engagée dans des accords passés et actuels.»

Jeudi, dans les rues de Jérusalem, la nouvelle de l'attentat s'est transmise à la vitesse de l'éclair. Ceux qui, deux jours plus tôt, avaient glissé dans l'urne le nom d'Ariel Sharon voyaient renforcées leurs vues, selon lesquelles seul l'usage de la force est désormais de mise. Les autres, électeurs travaillistes ou abstentionnistes, voyaient au contraire la confirmation de leurs craintes d'un engrenage de la terreur qu'ils pressentent inéluctable.

Le ministre de l'Intérieur, Haïm Ramon (l'une des personnalités travaillistes les plus en vue avec Avraham Burg, le speaker du parlement, pour succéder à Barak), avait pour sa part une interprétation très différente de celle d'Ariel Sharon: «Nous vivons dans une réalité où existent le terrorisme et les attentats… La seule solution est d'atteindre une paix véritable. Elle seule signifiera la fin de la terreur. Jusque-là, nous vivrons avec elle.»

Terreur des attentats en Israël, mais aussi de la vie quotidienne dans les territoires. Hier, les services de renseignement israéliens laissaient filtrer des nouvelles alarmistes sur la situation qui règne en Cisjordanie et à Gaza. Si le bouclage et les privations continuent, disait en substance leur rapport, l'Autorité palestinienne ne survivra pas longtemps au chaos qui commence à y régner en maître. Un peu partout, jets de pierres et tirs d'armes ont recommencé hier dans l'après-midi.

Pas encore totalement plongé dans ce tumulte, c'est un Ariel Sharon redevenu héros qui était arrivé, le matin, dans les locaux du Likoud, à Tel-Aviv. Comme au temps de ses exploits militaires, on lui a offert des fleurs et on l'a félicité de son triomphe. Mais plus qu'un général ou qu'un premier ministre, le chef de la droite était hier un examinateur. Une demi-heure chacun: les 18 députés que compte – en plus de lui – son parti à la Knesset ont défilé dans son bureau. Presque tous attendent d'être récompensés par un poste ministériel, croyait savoir la presse israélienne. Le casse-tête d'Ariel Sharon sera décidément difficile à résoudre.

Car, bien plus que de ministres, le nouveau chef de cabinet aura besoin de députés pour le soutenir. Dans la soirée, une délégation de son parti devait aussi commencer les négociations avec le Parti travailliste en vue de former un «gouvernement d'unité nationale». Celui-ci regrouperait, selon un proche de Sharon, «tous les partis sionistes qui souhaitent la paix et sont fortement attachés à la sécurité d'Israël». L'attentat d'hier pèsera sans doute en faveur de ceux qui prônent l'intégration dans un tel gouvernement. Une perspective qui menace d'ores et déjà de faire exploser le Parti travailliste, tiraillé entre diverses tendances.