C'est une première: une délégation officielle yougoslave arrive ce mardi matin à La Haye pour une visite de deux jours du Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie que le président Kostunica qualifiait, il n'y a pas si longtemps, d'instrument anti-serbe. Momcilo Grubac, ministre de la Justice de la République fédérale de Yougoslavie, et son homologue de Serbie, Vladan Batic, seront accompagnés de Rade Trzic, procureur du district de Belgrade. Ils visiteront les locaux et le centre de détention du Tribunal, qui abrite 23 prisonniers serbes, et assisteront à une audience de l'un des procès. Surtout, ils rencontreront le président du Tribunal, Claude Jorda, et son procureur, Carla Del Ponte. Mais si l'entourage de la Tessinoise se réjouit d'accueillir la délégation, la prudence n'en reste pas moins de mise. «Il s'agit d'une visite préparatoire à l'établissement de relations officielles en vue d'une coopération», dit ainsi Florence Hartmann, porte-parole du procureur.

Cette réserve s'explique par le fait que la Yougoslavie continue de traîner les pieds pour collaborer avec le TPI. Mais chaque semaine enfonce un coin dans la résistance serbe. Washington a lié le versement à Belgrade de 100 millions de dollars d'aide économique à des signes clairs de coopération, avant le 31 mars. Et Carla Del Ponte ne perd pas une occasion de rappeler la Yougoslavie à ses devoirs: l'arrestation et la livraison de la quinzaine d'accusés de crimes de guerre qui seraient réfugiés sur le territoire fédéral.