Les tractations entre chiites et Kurdes pour la formation du gouvernement traînent en longueur en Irak alors que la deuxième séance du parlement issu des élections du 30 janvier n'est pas parvenue à se choisir un président, ajournant ses travaux jusqu'à dimanche.

Entamées mi-février après l'annonce des résultats des élections, les négociations entre la liste chiite de l'Alliance unifiée irakienne (AUI) et la liste d'union kurde butent toujours sur l'attribution de certains ministères-clés. Chiites et Kurdes doivent également se mettre d'accord pour le poste de président de l'Assemblée nationale dont le titulaire devait être désigné mardi par les députés. Mais ceux-ci ont échoué et une nouvelle réunion se tiendra dimanche prochain.

«Dimanche sera un jour décisif pour l'élection du président (du parlement) et de ses deux adjoints», a confirmé Hajem al-Hassani, ministre sortant de l'Industrie et député élu sur la liste kurde, qui avait annoncé hier matin qu'il n'était pas candidat au poste de chef du parlement. «Les quatre principales listes ont demandé un report du vote pour permettre aux sunnites de terminer leurs discussions entre eux afin de choisir leur candidat», a déclaré cheikh Fayyad, un chef tribal de 87 ans.

Deux sunnites sont en concurrence pour la présidence du parlement. L'AUI soutient un chef tribal du nord de l'Irak qui lui est proche, Fawaz al-Jarba, alors que les Kurdes ont fait savoir qu'ils préféreraient voir «une personnalité sunnite indépendante» accéder à la présidence de l'Assemblée. Le chef de l'Etat sortant, Ghazi al-Yaouar, que les médias irakiens donnaient comme favori, a pour sa part décliné l'offre de présider le nouveau parlement, a déclaré lundi un de ses assistants.

Le Pétrole et la Défense

Constitué avec le soutien du grand ayatollah Ali Sistani, référence spirituelle des chiites du pays, l'AUI dispose de 146 sièges (sur 275) au parlement contre 77 pour la liste d'union kurde. Les deux formations se sont mises d'accord pour que la présidence de l'Etat revienne au Kurde Jalal Talabani et qu'Ibrahim al-Jaafari, membre du parti islamique Dawa, prenne la tête du gouvernement (lire portrait ci-dessous).

Pour ce qui est du gouvernement de l'Irak de l'après-Saddam Hussein, huit semaines après les élections, les négociateurs restent empêtrés dans des querelles sur l'attribution de plusieurs maroquins, concernant en premier lieu le Ministère du pétrole et celui de la défense. Les Kurdes demandent par ailleurs que les chiites leur garantissent qu'ils n'imposeront pas un Etat islamique.

«Je crois que nous sommes prêts et que nous verrons un gouvernement dans les prochains jours», a néanmoins déclaré ce week-end Al-Jaafari. Le premier ministre sortant, Iyad Allaoui, un chiite laïque, a mis comme condition à sa participation au futur gouvernement que ce dernier soit «complètement indépendant» du pouvoir religieux.