Deux jeunes otages français enlevés vendredi soir par quatre hommes armés alors qu’ils dînaient dans un restaurant de Niamey, la capitale nigérienne, ont été tués, a confirmé samedi soir Alain Juppé, le ministre français de la Défense. Dimanche matin, le porte-parole de l’état-major des armées françaises a précisé que «tout semble indiquer» qu’ils ont été «exécutés» par leurs ravisseurs à l’issue d’une course-poursuite menée par les forces nigériennes pour tenter de les libérer avant le passage de la frontière malienne.

Selon un communiqué du ministère de la Défense, le groupe qui a enlevé les deux Français a «immédiatement été pris en chasse par la garde nationale nigérienne pour lui interdire de rejoindre une zone refuge, ce qui constituait une menace grave pour les otages. Après un premier accrochage dans la nuit au cours duquel le chef de détachement de la garde nationale nigérienne a été blessé, les terroristes ont poursuivi leur progression en direction du Mali. Alors qu’ils se trouvaient dans la zone frontalière, l’opération engagée, coordonnée avec des éléments français présents dans la région, a permis à ces derniers d’intercepter les terroristes à la frontière avec le Mali et de neutraliser certains d’entre eux.» A l’issue de cette action, les corps des deux otages ont été découverts sans vie.

Ces deux personnes sont de jeunes gens originaires du Nord de la France, âgés de 25 ans, Antoine et Vincent. Le premier travaillait pour des organisation non gouvernementale actives dans l’aide humanitaire en Afrique. Il devait se marier le 15 janvier, à Niamey, avec Rakia, une jeune Nigérienne. Il avait invité des amis français aux festivités, dont le deuxième otage enlevé avec lui, arrivé le jour même à Niamey.

Plusieurs spécialistes interrogés par la chaîne de télévision BFM ont souligné que c’est la première fois qu’un enlèvement a lieu en plein centre ville, dans la capitale jusqu’alors jugée sûre, mettant ainsi un peu plus en danger la sécurité des Français qui travaillent dans la région.

L’enlèvement n’a pas encore été revendiqué, mais l’ombre d’Aqmi, Al-Quaïda au Maghreb islamique, plane derrière cette opération. En septembre dernier, cinq Français et deux autres personnes travaillant pour le groupe nucléaire Areva ou des sociétés proches avaient été enlevés à Arlit, au nord du Niger. Aqmi avait revendiqué l’enlèvement et les otages sont depuis toujours détenus au Mali.

En juillet dernier, un autre Français a perdu la vie dans cette région du Sahel. Aqmi avait exécuté le Français Michel Germaneau, suite à une opération militaire mauritanienne menée avec l’appui de l’armée française, au cours de laquelle plusieurs terroristes avaient été tués, opération qui avait échoué à retrouver l’ingénieur âgé de 78 ans. Depuis ce moment, Aqmi semble vouer «une haine incommensurable à la France» et se «focalise» tout particulièrement contre les Français vivant et travaillant dans la région, a souligné samedi soir sur i-Télé, Mathieu Guidère, spécialiste d’Aqmi.

Samedi soir, depuis les Antilles françaises, où il est en déplacement pour les traditionnels voeux du début de l’an aux Français d’outre-mer, Nicolas Sarkozy a fait part de sa «vive émotion». Dans un communiqué, le chef de l’Etat a «condamné avec la plus grande fermeté cet acte barbare et lâche.» Le président de la République a également salué «l’engagement des forces nigériennes» pour tenter de libérer les deux Français. «Loin d’affaiblir notre détermination, cet acte odieux renforce notre engagement à combattre sans relâche la barbarie terroriste.»

Dimanche, la France a mis en garde ses ressortissants contre les dangers qui pèsent sur eux dans la région. Le Quai d’Orsay déconseille désormais tout déplacement dans les pays du Sahel, «aucun endroit ne pouvant plus être considéré comme sûr.» Le ministère des Affaires étrangères, sur son site web, recommande aux «ressortissants français de faire preuve plus que jamais, en tout temps et en tout lieu, de la plus grande vigilance et de la plus extrême prudence» dans trois pays: Mauritanie, Mali et Niger. Selon l’AFP, quelque 1550 ressortissants français (y compris les binationaux) résident au Niger, 2115 en Mauritanie et 4330 au Mali. Plus des trois-quarts d’entre eux vivent dans les trois capitales: Niamey, Nouakchott et Bamako.